Du soleil pour les gueux

Un film de Alain Guiraudie

Du soleil pour les gueux

Un film de Alain Guiraudie

France - 2000 - 55 min

Un jeune coiffeuse au chômage veut rencontrer les bergers d'Ounayes. Un bandit d'escapade veut quitter son pays. Un grand guerrier veut capturer le bandit...

Avec :
Isabelle Girardet , Michel Turquin , Jean-Paul Jourdâa et Alain Guiraudie

Sorti le 14 mars 2001

À propos du Soleil pour les gueux

Ce film qui ressemble à aucun autre donne le sentiment d'une douceur grave située dans un espace qu'on dirait découpé dans un fragment du monde à son commencement. A la manière d'un incendie, chaque séquence semble naître de ce qu'elle brûle. Entre ciel et terre, sur une lambe d'herbes sèches balayées par le vent, Du soleil pour les gueux observe le ballet poursuite de quatre échantillons humains - une femme et trois hommes - qui s'affrontent, se coursent, s'aiment et pensent. Toute idée du monde s'affirme ici au coup par coup et ne vient au jour qu'en se formulant comme si elle ne préexistait pas à son expression. 


Alain Guiraudie ne cherche pas à faire le malin. Son expérience est toute autre. Il ne s'agit pas d'avoir le dernier mot mais plutôt de lutter conte le "sans issue de l'être" en retrouvant l'origine, le premier mot justement, celui qui libère de la résignation et de l'avertissement. Ce film plein d'enfance exhale un parfum de vagabondage qu'on aurait tort de prendre à la légère comme une facétie de potache. Sa pente secrète est à explorer du côté de la matière,à la fois lieu concret et structure abstraite. Une pensée en acte - donc poésie - et formidable érotisation des corps qui font respirer toute la construction invisible du film, lui donnant cette force de frappe inattendue, cette gravité soudaine qui reste en mémoire comme un soleil qui flambe et qui ne veut pas s'éteindre.

Jean-Claude Guiguet

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

Come Together - News #12

Le 11 juin 2020


L'avant-dernière newsletter hebdomadaire, pour tenir jusqu'à la réouverture de nos chères salles obscures le 22 juin - et donc la (re) sortie de SI C'ÉTAIT DE L'AMOUR de Patric Chiha et de KONGO de Hadrien La Vapeur & Corto Vaclav.

Afin de continuer à faire vivre le cinéma que nous défendons donc, de nouvelles idées de films à voir depuis chez vous, des textes de cinéastes, des idées de musiques pour accompagner vos journées ou vos nuits. Et pour cette semaine, un focus spécial "Contes & Légendes" avec deux films nous venant de temps immémoriaux.

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Les cinéastes et l'équipe de l'ACID


PROPOSITIONS VOD "Contes & légendes"

DU SOLEIL POUR LES GUEUX de Alain Guiraudie


Une jeune coiffeuse au chômage veut rencontrer les bergers d'Ounayes. Un bandit d'escapade veut quitter son pays. Un grand guerrier veut capturer le bandit...


Soutenu par l'ACID en 2001 - A voir en VOD sur Shellac


HONOR DE CAVALLERIA de Albert Serra


Guidés par le hasard, Don Quichotte et Sancho poursuivent jour et nuit leur voyage à la recherche d'aventures. Ils chevauchent à travers champs, bivouaquent à la belle étoile, conversent, guettent un ennemi invisible.


Soutenu par l'ACID en 2007 - A voir en VOD sur UniversCiné


PROCHAINEMENT AU CINÉMA


KONGO de Hadrien La Vapeur & Corto Vaclav

En salles le 22/06


SI C'ÉTAIT DE L'AMOUR de Patric Chiha

En salles le 22/06


EVA EN AOÛT de Jonás Trueba

En salles le 05/08


143, RUE DU DÉSERT de Hassen Ferhani

En salles le 16/12


UN PEU DE LECTURE...

« Il y a des femmes qui peuplent nos vies de spectateurs et Malika en fera résolument partie. L'héroïne du nouveau film d'Hassen Ferhani tient un café au bord de la Nationale 1 : La Transsaharienne, à 900 km au sud d'Alger, traverse le désert algérien jusqu'à la frontière du Niger. Voilà pour le décor.                   


143, Rue du désert est une sorte de road-movie immobile. Ce sont les kilomètres qui défilent en hors-champ. Dans son café minuscule aux ouvertures magiques, fenêtres sur un monde infini, Malika a les atours d'une héroïne de roman, ogresse malicieuse, magicienne emmitouflée, une femme seule, au milieu de nulle part avec un horizon balayé par la valse des camions qui filent sur la route du désert.


Le film porte en lui mille et une fictions. Par la poésie de ses images et la beauté des cadres, apparaît la puissance du hors champ, qui fait que l'imaginaire s'emballe. Un homme marche au loin le long d'une route battue par une tempête de sable, un camion passe à toute allure dans l'autre sens et mille fictions sont alors possibles.


Ce pourrait être aussi un western algérien, avec Malika en cousine lointaine de Joan Crawford dans Johnny Guitar. Car il faut en avoir du courage et du caractère pour tenir ce saloon. Pour accueillir les récits de tous ces hommes qui s'arrêtent, font une pause le temps d'un café, d'une omelette  - s'il reste des œufs - ou d'une cigarette. Des camionneurs, des migrants,  des Imams, des militaires, des touristes, qui viennent déposer des histoires du pays au creux de son oreille attentive. La seule femme qui traverse le film est une motarde Polonaise. Et Malika recadrera sitôt la Polonaise partie : un corps d'homme, un visage d'homme… La seule reine en son royaume, c'est elle !


Malika dit à l'un des routiers qu'on ne lui a pas laissé une place dans le monde, or le film dit tout le contraire. Il dit comment, en gardienne du vide, Malika révèle les contours de ce monde.


Peindre un détail pour évoquer le paysage, c'est ainsi qu'Hassen Ferhani s'attache à rester dans ce petit théâtre pour raconter cette femme et l'Algérie. On perçoit dans les récits l'épuisement, la lassitude d'un régime politique à bout. Ce pays au bord, comme ce café au bord, juste avant que les manifestations ne commencent – le film a été tourné en 2018. L'Algérie raconté par ce petit bout de la lorgnette, c'est parfois trois fois rien le cinéma ; 143, Rue du désert est un grand film. »

 

La cinéaste Aurélia Barbet  à propos de 143, RUE DU DÉSERT de Hassen Ferhani


...ET DE LA MUSIQUE

Ella van der Woude - "Take Me To the Mall"

Morceau entendu dans TAKE ME SOMEWHERE NICE d'Ena Sendijarević qui sortira en salles au printemps 2021 (suite à un changement de date ; non pas le 8 juillet comme précédemment annoncé).


Ça fait bizarre de revoir du monde, non ?

(image tirée de LA BATAILLE DE SOLFERINO de Justine Triet - Soutenu en 2013)


> Contenu à retrouver également sur les sites de nos partenaries Mediapart et Télérama <


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