Un homme marche à vive allure, en plan serré. La caméra portée le précède comme elle peut. Dans l'urgence, tout vole en éclat : les corps dont on ne saisit que des détails, le récit et même le langage réduit à des onomatopées. Quelque chose a été détruit qu'il va falloir réparer. Before, comme l'indique un carton qui sera le seul du film.
Mark Jenkin choisit dans Bait le langage formel des premiers films. Le noir et blanc, le format de l'image, le son post-synchronisé renvoient aux débuts du cinéma. Mais peu à peu arrivent en gros plans les objets usuels qui font notre quotidien. Ordinateur portable, frigidaire, lunettes de soleil...deviennent anachroniques et disent l'impossible conciliation de deux mondes : celui des travailleurs de la mer, et celui des touristes ou propriétaires de maisons secondaires venus profiter du cadre pittoresque d'un village de pêche.
Les choix esthétiques de Mark Jenkin n'empêchent cependant ni le vivant, ni l'émotion. Les positions de chacun sont défendues par des comédiens intenses qui habitent chaque plan avec tendresse, humour et férocité.
Sur cette côte des Cornouailles, les relations sont abruptes. Tout se monnaye et l'argent circule. Seule la transmission des gestes du travail apparaît un moment comme un moyen de tisser des liens. Aucun monde en commun n'est pourtant possible. L'histoire d'amour entre deux adolescents des clans ennemis, Shakespeare re-convoqué, en atteste. On en connaît l'histoire et l'issue.
Publié le vendredi 24 avril 2026