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Communiqué de soutien des cinéastes de l'ACID au directeur du cinéma Le Luxy, à Ivry-sur-Seine, suite à la déprogrammation du film J'ACCUSE par la Mairie d'Ivry-sur-Seine

Nous, cinéastes de l'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, apportons notre plein et entier soutien au directeur du cinéma municipal Le Luxy d'Ivry-sur-Seine (94), suite à la déprogrammation du film J'ACCUSE, imposée par la Mairie d'Ivry-sur-Seine le 7 décembre.

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Publié le lundi 09 décembre 2019

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Sortie Nationale
L'ACID Cannes 2019 en images !

L'ACID s'engage

Soutien au cinéma associatif La Clef

Nous cinéastes de l'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) sommes de tout coeur avec celles et ceux qui, réuni.e.s en associations et en collectifs avec HOME CINEMA, se mobilisent depuis la CLEF pour que ce lieu continue d'être un espace de diffusion de films de cinéma.

Ce cinéma associatif est le dernier en son genre à Paris. Depuis sa fermeture en avril 2018, et malgré les soutiens de réseaux locaux, de médias et de cinéphiles en tous genres, la Clef est en péril, menacé d'être revendu à un investisseur privé.

Qui? Dans quel but? Au fond peu importe. 

La Clef, ce merveilleux cinéma, risque de devenir autre chose. 

Nous ne voulons pas que cet endroit qui a accueilli nos films, qui a été un lieu de réflexion pour tant de cinéastes au travail exigeant, qui a permis des rencontres, des appels, des amitiés politiques et cinéphiliques s'arrête d'exister, cesse de diffuser des films. 

Nous apportons notre soutien à l'occupation de la Clef, au prolongement par d'autres moyens de la résistance vivace que ce lieu a été, est et sera. Nous luttons pour des salles singulières qui permettent des rencontres uniques. La Clef fait partie de ces possibles. 

Cinéastes uni.e.s pour la diffusion, dans un souci du public, ces spectateurs et spectatrices toujours surprenant.e.s et jamais là où les grands groupes les prévoient! Nous, sommes heureux de nous engager aux côtés de celles et ceux qui dans ce lieu portent haut une certaine idée de l'art populaire, exigeant et accessible. 


Le Conseil d'administration

Aurélia Barbet, Emilie Brisavoine, Marina Déak, Marie Dumora, Diego Governatori, Naruna Kaplan de Macedo, Vincent Macaigne, Hélène Milano, Vladimir Perisic, Régis Sauder, Clément Schneider, Idir Serghine, Christian Sonderegger.


Pour soutenir le cinéma La Clef, signez la pétition par ici !


Cinéastes de l'ACID


L'ACID s'engage

Communiqué de soutien des cinéastes de l'ACID au directeur du cinéma Le Luxy, à Ivry-sur-Seine, suite à la déprogrammation du film J'ACCUSE par la Mairie d'Ivry-sur-Seine

Communiqué de soutien des cinéastes de l'ACID au directeur du cinéma Le Luxy, à Ivry-sur-Seine, suite à la déprogrammation du film J'ACCUSE par la Mairie d'Ivry-sur-Seine 

Nous, cinéastes de l'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, apportons notre plein et entier soutien au directeur du cinéma municipal Le Luxy d'Ivry-sur-Seine (94), suite à la déprogrammation du film J'ACCUSE, imposée par la Mairie d'Ivry-sur-Seine le 7 décembre.

Rappel des faits : vendredi 6 décembre, une trentaine de militant·e·s investit le cinéma dans le but avoué d'empêcher la projection du film. Refusant la proposition qui leur est faite de prendre la parole devant les spectateurs avant la projection, ils finissent par obtenir l'annulation de la séance, après l'intervention, dans le calme, de la police municipale.

Le lendemain, la Mairie d'Ivry, par la voie du directeur de cabinet du Maire, publie un communiqué de presse qui commence par affirmer que : « La diffusion du film de Roman Polanski, condamné pour viol et fuyant la justice, n'est pas un soutien. C'est un acte de non-censure, conforme à notre engagement pour la liberté culturelle, considérant qu'il n'appartient pas au pouvoir politique de sélectionner les œuvres. Fallait-il programmer ce film ? Le débat nous traverse tou·te·s et il est complexe. Nous entendons que ce choix puisse être compris comme entretenant la culture du viol.»

Puis, après deux paragraphes sur les actions menées par la Ville en faveur des combats contre les violences faites aux femmes : « Aujourd'hui, les conditions ne sont pas réunies pour que le film soit projeté au Luxy. La municipalité a pris la décision d'annuler les séances prévues aujourd'hui et dans les jours à venir. »

Devant cet exercice de contorsion digne de Tartuffe, l'envie nous prendrait presque de rire, si seulement ce qu'il révèle de l'état de la liberté de la diffusion artistique n'était pas si grave.

Premièrement : nous rappellerons qu'il n'est aucunement dans les prérogatives d'une collectivité territoriale de déprogrammer une œuvre, même dans un établissement dont elle a la tutelle. La déprogrammation ne peut être éventuellement prononcée que par une juridiction. En somme, la décision de la Mairie d'Ivry est, sans controverse possible, absolument illégale et rien de moins qu'un acte de censure. On pourra, pour s'en assurer, se référer à la Loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine, et notamment au Titre premier, Chapitre premier, Articles 1, 2 et 3.

Deuxièmement : il ne nous est pas possible de souscrire à une justification telle que celle avancée par la Mairie, à savoir que « ce choix [celui de programmer le film] puisse être compris comme entretenant la culture du viol. » Un tel postulat ne fait qu'acter la défaite de la pensée face aux réductions simplificatrices d'une situation dont, si nous espérons la faire évoluer dans le bon sens, il va falloir affronter sans l'esquiver la complexité. Garder la tête haute demande de garder la tête froide.

Nous, cinéastes de l'ACID, association saluée pour sa dimension paritaire, prenons toute notre part dans les luttes qui se jouent actuellement pour que cessent les mécanismes de production et de reproduction de dominations et de violences sexistes à l'oeuvre dans le milieu du cinéma. Ces violences sont systémiques, c'est donc au système qu'il faut désormais s'attaquer, dans la foulée du mouvement #metoo et des révélations d'Adèle Haenel (dont on rappellera la sagesse, elle qui avait demandé à encadrer la projection du film de Polanski, lors d'un festival, d'un débat, et non pas de l'interdire). Notre espoir, l'ambition que nous devons collectivement endosser et porter dès aujourd'hui est de faire en sorte que J'ACCUSE soit le dernier film produit par ce qui sera, bientôt, le vieux monde.

En attendant, J'ACCUSE existe. On peut le regretter. Mais la liberté de diffusion des œuvres est un principe supérieur sur lequel nul ne saurait transiger, y compris et surtout quand l'émotion est grande. À revers de l'attitude qui consiste à vouloir symboliquement faire disparaître le film, nous préférons accepter le miroir que le film nous tend et, même si cela n'a rien d'agréable, nous y regarder tels que nous sommes : pris dans les engrenages complexes d'un système qui dysfonctionne et qu'il nous faut donc refonder.

Nous, cinéastes de l'ACID, travaillons quotidiennement avec les cinémas et les spectateurs pour que ce lieu unique qu'est la salle de cinéma soit un espace d'échanges, de débats, de rencontres. Un lieu où, à travers les films, un dialogue s'engage. Un dialogue dont nous sortirons différents, riches de nouvelles idées, de nouveaux points de vue, peut-être dessillés, en tout cas plus tout à fait la·le même, c'est certain. Le cinéma, c'est l'expérience de l'altérité. Reconnaître l'altérité, c'est lui laisser l'espace de s'exprimer dans le dialogue, sans l'écraser, c'est une des conditions du vivre-ensemble que la société actuelle appelle si fort de ses vœux. De cette expérience de l'altérité, les salles de cinéma comme le Luxy sont les garantes.

Vendredi 6 décembre, c'est la possibilité même de ce dialogue qui a été compromise, puis enterrée par la décision de la Mairie d'Ivry-sur-Seine de déprogrammer le film sur le reste de la semaine. Cette décision lâche, et qui sonne comme un désaveu de la part de la Mairie vis-à-vis du directeur du cinéma, nous choque d'autant plus que nous savons combien Le Luxy et toute son équipe contribuent, depuis des années, par l'exigence des choix de programmation ; par l'action culturelle menée auprès des scolaires et du public en général ; par la qualité des débats qui y ont lieu… contribuent donc à faire de chaque spectateur un citoyen libre, émancipé, capable de juger pleinement en son âme et conscience s'il doit aller voir J'ACCUSE au vu des accusations pesant sur son réalisateur. Déprogrammer brutalement le film, c'est remettre en cause un travail unanimement reconnu pour son intransigeance et son exemplarité.

Il n'est pas encore trop tard pour que la Mairie reconnaisse la gravité de son attitude et de son erreur et laisse Le Luxy faire son travail en restant à la place qui est la sienne, soit veiller au respect de la liberté de programmation artistique.


Le Conseil d'Administration de l'ACID


Cinéastes de l'ACID


Communiqué

Du côté des adhérents

Rojo

Un film de Benjamín Naishtat

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Sortie DVD novembre 2019

Dans la terrible jungle (In the mighty jungle)

Un film de Caroline Capelle et Ombline Ley

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Sortie DVD novembre 2019

L'écran du plus fort

Devons-nous tous voir les mêmes films ?

 

Depuis quelques mois, le cinéma français traverse une crise grave. Un point essentiel est pourtant resté dans l'ombre: l'accès des films aux salles.


Pour les films dits «de la diversité», films indépendants, à budget réduit, souvent sans acteurs connus, et non financés par les chaînes de télévision - les conditions de distribution et donc d'accès aux publics se sont considérablement dégradées. Ces films, qui tentent de nouvelles formes d'écriture, de représentation, de sujets, véritable vivier du cinéma de demain, sont de plus en plus exclus des écrans. Or, de tout temps, cette marge, comme certains ont aimé la qualifier, a compté. Avant que leur cinéma ne trouve le chemin d'un plus large public, des cinéastes tels que Renoir, Tati, Godard, Truffaut, Pialat, et tant d'autres de différents horizons: Rossellini, Chahine, Fassbinder, Loach, Almodovar, ou plus récemment, Guédiguian, Denis, Belvaux, Cantet, Amalric, Donzelli, pour ne citer qu'eux, s'inventaient dans cette marge. Demain, il n'en sera plus ainsi. Et demain veut dire tout à l'heure.

La faute à qui ? Aux films, entend-on, qui ne seraient plus adaptés aux attentes du «public». Une simple affaire de goût et de changement d'époque en somme…

Pourtant, si l'on se penche sur les chiffres, ce soi-disant sacro-saint baromètre du supposé goût du public, tout n'est pas si simple.

Prenons par exemple la semaine du 13 février dernier. Sur les 5600 écrans que compte l'hexagone, 4693 écrans étaient monopolisés par 10 films. Avec un taux d'occupation des écrans de 80%, pas étonnant que ces dix films se retrouvent en tête du box office, même si certains d'entre eux ont mobilisé moins de vingt spectateurs par séance et ne doivent ce bon classement qu'à leur surexposition. Est-il utile de préciser qu'aucun de ces 10 films n'était distribué par un distributeur indépendant ?

Une fois les mastodontes servis, restaient donc 900 écrans pour les 92 autres films à l'affiche, soit une moyenne de 10 écrans par film sur la France entière. Voilà qui réduit considérablement les chances d'être vu et de plaire au public, non?

 

Comme dans d'autres domaines, l'abus de position dominante des grands circuits d'exploitation et les politiques d'offre saturante de gros distributeurs réduisent de manière drastique les possibilités d'existence de toute la chaîne du cinéma indépendant.


Rien de nouveau? Si quand même. En 2012, le passage des salles à la projection numérique a renforcé les inégalités de façon spectaculaire et favorisé certaines pratiques déloyales.

Suivons le chemin tortueux que doit emprunter un film «de la diversité» pour se faire une petite place dans les salles encore disponibles.

Il lui reste maintenant à attirer le fameux public, vous, nous, les autres. Pour ça, la qualité ne suffit pas, il faut de la promotion et une exposition médiatique. Or ces frais de promotion ont été multipliés par vingt en dix ans; désormais placer une bande annonce se paie à prix d'or dans certaines salles et les partenariats avec les grands médias sont des prestations qui se monnaient.

Pour les moins riches, reste le bouche à oreille. Mais pour que celui-ci s'installe, encore faut-il que le film - qui n'est plus aujourd'hui qu'un fichier informatique - bénéficie d'une exposition correcte sur plusieurs semaines, ne soit pas relégué sur les séances du matin 11h ou déprogrammé d'un simple clic le week-end au profit d'un film plus immédiatement «porteur» ou… d'un opéra! Et même avec de bons résultats, il risque tout de même de disparaître la semaine suivante au profit d'un autre film sorti par un distributeur plus musclé. Au mépris de la présence du public…


Si on laisse le marché se «réguler», comme certains le souhaitent actuellement, il ne restera bientôt plus en salles que les films produits par les grands studios, les chaînes de télévision, leurs filiales, et les groupes intégrés de production-distribution. Est-ce vraiment le choix du «public» ? Nous ne le croyons pas, nous cinéastes qui, tout au long de l'année, dialoguons avec ce même public dans les salles indépendantes.


C'est pourquoi il est urgent de défendre ensemble, cinéastes, producteurs, distributeurs, exploitants et spectateurs, l'indépendance et la diversité dans les salles de cinéma.  


Nous demandons :

- une réforme du compte de soutien du Centre National du Cinéma qui permet actuellement aux grands circuits de multiplier leurs implantations sur tout le territoire.

- une concertation interprofessionnelle sur les conditions d'exposition des films

- une limitation du taux d'occupation des écrans par bassin de population pour contrer l'hyperconcentration des géants du secteur,

- une redistribution équitable des aides sélectives existantes au profit des distributeurs et des salles indépendantes exposant les films de la diversité dans la durée.

et

- un retour rapide aux engagements contractuels entre salles et distributeurs mettant fin aux déprogrammations de dernière minute.


Les films indépendants composent des représentations du monde, de tout le monde, hors des grands schémas imposés par les industries de la communication et de l'information.

Toutes les discussions actuelles à propos de la couverture chômage des intermittents du spectacle, du sous-financement des films, de la convention collective et de l'état de la critique, sont intimement liées à ce problème : si les films – nos films – ne peuvent plus, demain, parvenir dans les salles de cinéma, si de nouveaux cinéastes ne peuvent pas émerger, à quoi bon de nouvelles mesures, de nouveaux débats. N'y a t-il pas, là, de quoi asseoir la déception sur un trône : d'un côté nous nous battons tous pour que nos films se fassent, de l'autre nous n'aurons bientôt plus de lieu où rencontrer le public.

 

Les films, tous les films, construisent un patrimoine unique devant rester pluriel, ouvert, vivant et diversifié. Ils sont notre bien commun.

_______________________


Premiers cinéastes signataires : 


Namir Abdel Messeeh, Fleur Albert, Penny Allen, Michel Andrieu, Stephane Arnoux, Laurent Bécue-Renard, Sarah Benillouche, Sébastien Betbeder, Simone Bitton, Dominique Boccarossa, Pascale Bodet, Jacques Bonnaffé, Claudine Bories, Laurent Bouhnik, Serge Bozon, Marie-Pierre Bretas, Chantal Briet, Joël Brisse, Dominique Cabrera, Oriol Canals, Franck Cassenti, Patrice Chagnard, Béatrice Champanier, Dominique Choisy, Christophe Cognet, Alessandro Comodin, Denis Coté, Cati Couteau, Jean Paul Civeyrac, Marie De Laubier, Marina Deak, Luc Decaster, Delphine Deloget, Fabianny Deschamps, Pascal Deux, Elsa Diringer, Claus Drexel, Claude Duty, Philomène Esposito, , Fabienne Facco, Corto Fajal, Sepideh Farsi, Philippe Faucon, Yasmina Faucon, Philippe Fernandez, Jean-Charles Fitoussi, Christine François, Anne Galland, Aurélia Georges, Jean-Baptiste Germain, Denis Gheerbrant, Khaled Ghorbal, Mika Gianotti, Guillaume Giovanetti, Michka Gorki, Jean-Louis Gonnet, Emmanuel Gras, Eugène Green, Robert Guédiguian, Arthur Harari, Henri Herré, Armel Hostiou, Jacques Kebadian, Gabriella Kessler, Farah Khadhar, Jeanne Labrune, Daisy Lamothe, Marion Lary, Hicham Lasri, Georgi Lazarevski, Jérôme le Maire, Serge Le Péron, Luc Leclerc du Sablon, Aurélien Lévèque, Jean-Pierre Lledo, Sophie Letourneur, Olivier Lorelle, Guillaume Malandrin, Dominique Marchais, Carine May, Isabelle Mayor, Pomme Meffre, Ursula Meier, Perrine Michel, Hélène Milano, Jean-Claude Moireau, Charles Najman, Nathan Nicholovitch, Didier Nion, Mariana Otero, Bénédicte Pagnot, Emmanuel Parraud, Beryl Peillard, Monique Perez, Nicolas Philibert, Pocas Pascoal, Oriane Polack, Béatrice Pollet, Gilles Porte, Jean-Loïc Portron, Martin Provost, Frédéric Ramade, Alain Raoust, Chantal Richard, Hernan Rivera, Jean-Claude Rousseau, Christian Rouaud, Rima Sammam, Djamila Sahraoui, Régis Sauder, Stefano Savona, Kathy Sebbah, Idir Serghine, Reza Serkanian, Charlotte Silvera, Pascaline Simar, Claire Simon, Jean-Pierre Sinapi, Marion Stalens, Tariq Teguia, Jean-Pierre Thorn, Marie-Claude Treilhou, Annie Tresgot, Justine Triet, Luc Verdier-Korbel, Marie Vermillard, Vanina Vignal, Jacques Vigoureux, Luba Vink, Eléonore Weber, François Zabaleta, Çagla Zencirci, Hakim Zouhani...


Cinéastes de l'ACID


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César « volés » par « petits » films embusqués

La qualité d'un film n'a rien à voir avec la taille de son budget ou l'importance de sa diffusion.


Il y a simplement de bons et de mauvais films de cinéma. ”L'esquive” et “Quand la mer monte” sont là pour le prouver. Il nous paraît étonnant d'assimiler des films indépendants à petit budget, au nombre de copies limitées, à des films intello-chiants ; de promouvoir l'idée qu'il existe deux cinémas : un créatif-mais-rébarbatif qui serait méprisant pour le public, l'autre généreux qui serait vu par des millions de spectateurs. C'est pourtant ce qu'ont voulu démontrer certains médias ces derniers jours. La désinformation est aussi grande qu'elle est dangereuse pour l'esprit.


Il est essentiel pour nous d'expliquer encore et encore que cette opposition est vaine, que le cinéma indépendant est composé d'une variété infinie qui va d'un cinéma qui rencontre le public et qui devient par là même populaire à un cinéma de recherche ou plus artistique qui ouvre des voies nouvelles et qui, de toute façon, est viable avec peu de spectateurs si on lui laisse de la place et du temps (“Tropical malady” Prix du Jury 2004 à Cannes ou “Les sucriers de Colleville”). “L'esquive” ou “Quand la mer monte” pourraient aussi rencontrer plus de spectateurs s'ils avaient une distribution adéquate, à la hauteur de leur potentiel public.


Le problème aujourd'hui est dû à ce refus de prendre en compte le cinéma dans toutes ses dimensions et à cette malheureuse habitude de pratiquer des oppositions manichéennes et indignes. Aussi les journalistes doivent-ils étudier la question de la production et de la distribution pour éviter d'être instrumentalisés et pour comprendre que le péril n'est pas qu'un cinéma intello-chiant nuise au cinéma « populaire », le vrai danger c'est que le public ne puisse pas juger sur pièces, qu'il ne puisse pas voir, s'il le désire, tout cet éventail de la création cinématographique.


Nous devons inciter les décideurs (télés, exploitants, distributeurs et producteurs…) à défendre cette diversité qui sera la seule garante d'une résistance à long terme d'un cinéma issu de différentes cultures, porteur de toutes les formes d'humour, de toutes les émotions, de toutes les philosophies, de tous les paysages, de toutes les langues. Plus les formes du cinéma seront variées, mieux chaque spectateur sera à même de choisir ce qui lui correspond, l'amuse, l'émeut, le différencie des autres, l'individualise. La disparition de la possibilité de choix par le spectateur doit être au coeur du débat. La suppression des marges, l'uniformisation ont toujours été à l'origine des totalitarismes, pourtant, comme le disait Godard, " la marge, c'est ce qui fait tenir ensemble les pages du cahier ! "


Faut-il à nouveau rappeler que le cinéma se compose des films hyper populaires de Chaplin, à ”Autant en emporte le vent”, “La Strada”, “L'Atalante” ou “les 400 coups” mais aussi de “La Règle du Jeu”, du  «Septième Sceau», de « Playtime »…


Faut-il à nouveau rappeler que le temps a des jugements autres que ceux de l'air du temps. L'histoire du cinéma est jalonnée de films ayant été des échecs à leurs sorties, de films qui ont eu besoin de temps pour rencontrer les spectateurs. N'oublions pas que lorsque les premiers tableaux de Cézanne furent montrés, le public se pressait alors pour aller voir ceux de l'académique Bouguereau parce que c'était "bien fait". La majorité n'avait donc pas forcément raison. Aujourd'hui, Cézanne est populaire et Bouguereau ? De nos jours, ceux qui opposent le cinéma dit « populaire » au cinéma dit « intellectuel », en arguant que c'est le nombre d'entrées qui a raison, ont bien sûr d'importants intérêts économiques à le faire, mais ils ne peuvent exiger que ceux qui décernent les prix se rangent derrière cet avis.


Aujourd'hui, les films, dans leur grande majorité, sont vendus avant même d'être fabriqués. Cela implique que leurs contenus sont influencés par les systèmes de diffusion, principalement par les impératifs d'audience de la télévision et par les objectifs des publicitaires dont les demandes sont particulièrement standardisées. Dans cette même logique, les spectateurs sont de plus en plus tenus à l'écart de ce qui se crée en dehors de ce système majoritaire.


La question est donc de savoir si, dans ce système, un cinéma indépendant, plus spontané, libre des contraintes de contenus imposés par les diffuseurs peut continuer à être transmis au public ?


La question est de savoir si la distribution de films comme “Quand la mer monte” et “L'esquive”, de films ne bénéficiant pas des mêmes effets d'annonce, non inscrits dans la communication, non-coproduits par les grandes chaînes hertziennes méritent d'être transmis au public ? Malgré la reconnaissance des César, certains répondent non à ces questions et semblent considérer que le public n'a pas besoin du cinéma comme art, comme fenêtre sur le monde. Pourtant, à l'écart du flux, du tout venant audiovisuel, des films de cinématographe continuent à exister, c'est-à-dire à être montrés et transmis grâce au travail passionné de certains producteurs, distributeurs et d'associations telles que l'ACID, mais pour combien de temps ? Certains voudraient voir dans l'attribution de ces César des cas de " discrimination positive ". Ces deux films ne mériteraient pas leurs récompenses parce qu'ils sont soi-disant confidentiels, marginaux. Qui donc alors aurait obligé les votants des César à les élire et plus de 500 000 personnes à les aimer ?


Mars 2005


Charles Castella

 - 

Cinéaste


Marie Vermillard

 - 

Cinéaste


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" Et le cinéma, je sais bien pourquoi je l’ai adopté... Pour qu’il m’apprenne à toucher inlassablement du regard à quelle distance de moi commence l’autre. "

Serge Daney

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A propos de Thunder Road

de Arnaud Clappier

Attention : ce météore cinématographique s’ouvre sur un plan-séquence d’anthologie, un lent travelling avant sur un personnage unique qui, aux obsèques de sa mère, perd peu à peu les pédales, ses moyens, toute crédibilité, en se raccrochant désespérément aux branches...

À propos du film : Thunder Road

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À propos de L'Usine de rien

de Morgan Pokée

L’Usine de rien ? Vraiment de rien ? Le long métrage réalisé par Pedro Pinho est pourtant une vraie fabrique à utopie, une fabrique de cinéma rêvée décapsulant la frontière aujourd’hui plus que jamais poreuse entre la fiction et le documentaire.

À propos du film : L'Usine de rien

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À propos de Demain et encore demain, journal 1995

de Judith Cahen

Lorsque j'ai découvert Demain et encore demain, journal 95, j'ai éprouvé l'une de mes plus belles émotions de cinéma : j'avais sous les yeux absolument un film, avec une ligne, un rythme, une tension et une élégance.

À propos du film : Demain et encore demain, journal 1995

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À propos du Ciel étoilé au-dessus de ma tête

de Jean-Baptiste Germain et Marielle Gautier

Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête, c'est l'histoire de luttes intérieures : celle de Bruno, écrivain torturé le jour et écorché la nuit, et de son monde des idées, du tumulte d'un imaginaire débridé, du débordement d'une créativité qui se cherche et se heurte à la rudesse des conditionnements sociaux, la tiédeur de la norme.

À propos du film : Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête

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A propos de Cassandro the Exotico !

de Gautier Labrusse

À propos du film : Cassandro the Exotico!

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À propos de Grands comme le monde

de Serge Le Peron

Grands comme le monde est un documentaire, oui. C'est un documentaire réalisé dans un collège du quartier du Luth à Gennevilliers. Mais Grands comme le monde ne se contente pas d'être un document (aussi informé soit-il : Denis Gheerbrant est resté là plus d'une année) sur un collège « difficile » de banlieue.

À propos du film : Grands comme le monde

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