Retour à Forbach

Un film de Régis Sauder

Retour à Forbach

Un film de Régis Sauder

France - 2017 - 78 min

Régis Sauder revient dans le pavillon de son enfance à Forbach. Il y a 30 ans, il a fui cette ville pour se construire contre la violence et dans la honte de son milieu. Entre démons de l’extrémisme et déterminisme social, comment vivent ceux qui sont restés ? Ensemble, ils tissent mémoires individuelles et collectives pour interroger l'avenir à l'heure où la peur semble plus forte que jamais.

EN SALLE

Sorti le 19 avril 2017

En salle

À propos de Retour à Forbach

Retour à Forbach est construit comme un voyage initiatique à l'envers. 

Un homme déjà grand retourne vers l'enfant qu'il a été. 

Il nous prend à témoin pour tenter de donner corps à la place qu'il a su trouver dans le monde. Une place construite avec Forbach, depuis Forbach, malgré Forbach. 

Point d'origine, point de rupture.

Forbach est la ville de l'enfance que le cinéaste (re)construit pour nous avec ses impressions, ses hésitations. Un lieu qu'il connaît sans le reconnaître, filmé du point de vue de l'étrangeté, offert à nos regards comme des blocs de béton sensibles, imbriqués dans ses souvenirs doux-amers avec la précision aigüe du trauma. 

On retrouve avec lui les bancs de l'école, les arbres du jardin. 

On entrouvre les armoires de la maison de famille, à vendre puis vendue. 

On regarde par dessus son épaule la ville filmée avec douceur, sur laquelle l'implacable bande son assène les noms égrenés lors du dépouillement du vote où le Front National rafle la mise. Voyage à Forbach, ville fantôme, ville vivante, ville usée, ville trouée. Voyage dans toutes les possibilités d'une ville et d'une vie aujourd'hui en France.

Un voyage, c'est aussi ce qu'a vu Annie Ernaux. Son regard d'écrivain résonne comme une invitation : 

« J'ai regardé hier soir le documentaire de Régis Sauder et depuis, j'ai l'impression d'être réellement allée à Forbach, et sûrement pas comme Hollande en coup de vent, d'avoir été immergée dans l'histoire morte de cette cité, les houillères, et le présent des gens, leur immense délaissement, leur désarroi, leurs souvenirs aussi. Il y a un souci constant de montrer les rues, les commerces, les immeubles, les pavillons, et puis les gens, qui portent les uns le passé, les autres le présent et l'avenir. C'est ça, non pas seulement vivre dans une ville, ici Forbach, mais « être » d'une ville comme Forbach, avoir le souvenir d'une cité rasée, de l'école, des amitiés, c'est s'être construit avec ça, comme dit une femme, et envisager d'y rester. La maison d'enfance vidée et à la fin vendue à Ahmed, très belle ouverture et beau final d'une nouvelle transmission. L'émotion n'est pas sollicitée, elle vient des images, des mots à la fois directs et pudiques sur la honte.»

Naruna Kaplan de Macedo

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Cinéaste


Annie Ernaux

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Ecrivain


Paroles de cinéastes

À propos de Retour à Forbach

Retour à Forbach pose et porte au loin l'éternelle question du regard. Un lent travelling arrière offrant à voir, au fur et à mesure, l'histoire intime, familiale, collective, et, en plan d'ensemble, la grande Histoire. Son et image s'éloignent parfois, prenant la route pour chacun chercher sa vérité : tu n'as rien vu à Forbach. Ou certains n'ont rien vu venir, rêvant peut-être de réparer l'histoire. Dans la dissociation de l'universalisme et de l'universalité – l'un n'impliquant pas nécessairement l'autre –, Régis Sauder amène par l'image-mouvement le spectateur à enfin voir ce qui l'entoure. À prendre conscience. Alors, nous devenons Régis Sauder. Et des rues enneigées de Forbach aux impasses, frappées l'été d'un soleil de plomb, de Port-de-Bouc – quels échos entre ces deux cités ! – l'image en mouvement se mue en fil d'Ariane d'une poésie, d'une politique, communes à la « nature d'êtres des parlants ». Nul portrait hic et nunc d'une France (mais nous pourrions à l'envi en exploser ses frontières), mal et trop souvent imprimées à l'écran, n'avait touché aussi juste. Plus qu'un aggiornamento social et industriel, qui ne rend nullement compte d'un état, mais au contraire d'une dynamique – aussi inquiétante soit-elle –, Retour à Forbach orchestre les masses en jeu, dans la temporalité qui est la sienne. C'est l'impressionnant travail sonore qui fait également sens : ne restent comme écho d'une industrie perdue que les saillies métalliques du groupe Deficiency, contenant dans ses morceaux la rage effleurée des témoignages épars. C'est alors qu'apparaît perceptiblement la construction d'un récit littéraire, où l'image symbolique se substitue à l'image absente, mais jamais aux mots. Et comme en littérature, « l'image est un acte et non une chose ». C'est à cet endroit précis que Régis Sauder invente un langage, se rajoutant aux autres langages du cinématographe, où la somme du tout est supérieure au simple ajout de ses parties. Supérieure à la question industrielle – ou post-industrielle –, politique, urbaine, familiale, intime : le regard se rapproche après s'être éloigné, travelling avant.


Emmanuel Vigne

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programmateur


Le Méliès Port-de-Bouc
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