Luc
Cabassot
Cinephilae
Au cœur des territoires, leurs noms sont des talismans qui se portent de bouche à oreille : Coupe-feu, Panseurs de secrets, Meiges, Bailleuls. Avec l'humilité des obligés qui ont reçu sans demander, leurs gestes et paroles soulagent les maux qui échappent à la raison de la médecine. De son Lot natal où serpente la rivière éponyme au désert asséché du Tatacoa, Aurélien Vernhes-Lermusiaux est sans nul doute l'un d'entre eux. Cinéaste thaumaturge, son art peut apaiser nos démangeaisons métaphysiques.
En nous offrant la durée nécessaire pour la contemplation de ses plans-tableaux, il ré-enchante nos regards pollués par l'inepte impatience de nos scrolling numériques. En nous contant la promesse d'une toujours possible réconciliation de soi avec le monde (ou avec soi-même), il nous console de nos lâchetés. Le traitement n'est pas aride : c'est une invitation à regarder à travers le prisme du réalisme magique. Une invitation à écouter tous les silences de ses personnages taiseux. À retourner à la source pour soigner ses racines et espérer des bourgeons. À garder les pieds bien sur terre et les yeux loin dans le cosmos pour y trouver le Serpentaire. À ne pas craindre la mue. À accepter comme un cadeau l'étreinte redoutée de la couleuvre noire.
Publié le mercredi 04 mars 2026