Franck
Roulet

Comme souvent, un film devrait s'appréhender sans rien en connaître et là peut-être encore davantage tant le parcours de M va bouleverser le spectateur et le questionner. Yolande Zauberman entre dans le monde de ses ancêtres à travers une blessure, celle de Menahem, 35 ans, de retour lui aussi dans la ville de son enfance. Au fil de ses rencontres, la parole se libère autour de lui et on entend l'impensable : la plupart des enfants ont subi des viols lors de leur éducation religieuse. On découvre aussi cette ville israélienne, Bnei Brak, où le yiddish est encore parlé (« la langue des morts » et non une langue morte pour la réalisatrice), où le religieux est partout, même dans la justice : il n'y a pas de police dans la cité, la loi divine est censée régler les problèmes sauf que dans ces cas de viol, rien n'a été fait... Plus que les images, ce sont les mots qui font mal et qui traversent l'écran tel un scalpel : quand M retrouve l'auteur des viols ou quand il essaye de comprendre pourquoi ses parents n'ont rien fait. Yolande Zauberman filme Menahem et les autres de très près, souvent de nuit, sur une plage, un parking ou même dans un cimetière. Elle paraît surprise (« les enfants blessés apparaissent comme par magie, et nous suivent »), pouvant filmer ce monde d'hommes où la femme est quasi invisible dans les rues ou les lieux de culte. La cinéaste, qui avait déjà filmé l'intime de la société israélienne dans Would you have sex with an Arab?, utilise à quelques reprises la voix off, mais sans que cela n'alourdisse le propos. Les dernières scènes sont à cet égard magnifiques et les derniers visages d'enfants captés par la caméra restent à jamais dans nos mémoires.

Décidément, après Spotlight de Thomas McCarthy et Grâce à Dieu de François Ozon, l'étendue du problème paraît infinie, mais Yolande Zauberman a trouvé l'angle idéal pour ne pas tomber dans le voyeurisme. Ce film choc nous laisse dans un état de sidération, les yeux chargés d'émotion et de colère avec une folle envie d'en discuter une fois le générique passé avec les spectateurs présents.

Franck Roulet


Le Mazarin

Publié le mardi 05 février 2019
Mis à jour le mardi 05 février 2019

Paroles de programmateurs

M

Un film de Yolande Zauberman

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