À propos de Ezra

Gilles
Porte

Cinéaste

Impossible de rester allongé sur mon ring à compter les étoiles après l'uppercut de Newton Aduaka… Une fois les lumières rallumées, Il me faut me lever, tenter de marcher, me souvenir, essayer de comprendre, avancer… Pas envie de parler de la justesse d'une caméra mise sur une épaule, ni de l'opportunité d'un montage court ou du très beau travail sur la bande son… Une fois le film terminé, j'éprouve le besoin de réfléchir un peu à ce que nous, occidentaux, « laissons faire » tous les jours sur un continent africain. Si Ezra pourrait se dérouler aussi bien au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Angola, au Mozambique au Rwanda ou encore ailleurs, difficile pour le spectateur d'occulter l'idée que l'histoire de cet l'enfant de Sierra Leone puisse exister sans l'intervention, en amont, d'un gouvernement qui pourrait être le sien… Ce simple constat passé que peut-on faire ? Newton Aduaka ne cesse d'interroger le spectateur sur la possibilité donnée à des enfants de mettre des mots sur des souffrances afin de pouvoir se reconstruire… Tout est question de mémoire ou d'amnésie dans Ezra. Le réalisateur nigérian n'ignore pas l'adage qui dit que pour vivre au présent, il est indispensable de conjuguer son passé… Alors seulement, Ezra et tous les autres pourront commencer un travail de rédemption et entrevoir un avenir bien qu'ayant totalement été privés d'enfance au profit d'une violence exacerbée… Dans « cette Afrique » lorsque qu'une guerre est terminée, une autre, plus intérieure, commence pour des enfants devenus souvent des adolescents. Quand le film s'achève, un autre, à l'extérieur de la toile blanche, débute pour celui ou celle qui vient de regarder et d'entendre ces images et ces sons… C'est là le grand mérite du réalisateur nigérian de toujours faire en sorte que son spectateur reste actif. Quand un élément du puzzle manque, Newton Aduaka nous accompagne dans le passé pour nous tendre une autre pièce de sa construction, avec une arrête cette fois… Et lorsque le spectateur attaque cette fois-ci « par les bords », lorsque la parole d'Ezra, que chacun souhaite « libératrice » pointe, Newton Aduaka coupe sa caméra… Question ponctuation, le film du cinéaste nigérian est étonnant. N'y a-t-il jamais de virgules derrière la caméra de Newton Aduaka ? Ne nous trompons pas cependant : Ezra ne cesse de transformer des points d'exclamation en points d'interrogation. Et n'est-ce pas finalement grâce à ce cinéma qu'il nous est possible aujourd'hui d'ajouter après une dernière image trois points de suspension là où d'autres nous auraient tout simplement encouragés à « sauter à la ligne » ?

Gilles Porte

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Cinéaste


Publié le lundi 18 septembre 2017
Mis à jour le mardi 14 novembre 2017

Paroles de cinéastes

Ezra

Un film de Newton I. Aduaka

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