PROGRAMMER : UN ART DE FUNAMBULE ET UN ACTE DE RÉSISTANCE


Cinéastes de l'ACID

C'est un fait : la programmation des salles de cinéma est le lieu d'une intense bataille culturelle et économique. L'impuissance croissante à rééquilibrer les rapports de force au sein d'un secteur structurellement sous-régulé devrait inquiéter quiconque se préoccupe de l'accès de chacun·e aux films et de l'expression équitable, sur les écrans, de la diversité des regards et des pratiques : c'est un sujet de représentation, donc un enjeu de démocratie. À ce titre, nous défendons à l'ACID une vision politique de la programmation, telle que l'expression « politique culturelle » l'entend : la mise en œuvre d'une vision qui fait de la culture un moyen d'émancipation de chacun·e. Sans outils efficients pour contrecarrer pied à pied la violence du marché et ses seules logiques financières, nous savons très bien comment cette affaire finira : en monopoles de « monoformes » pour reprendre le mot si juste de Peter Watkins, récemment disparu.  


Défendre une politique de la programmation, c'est défendre la liberté et la responsabilité des programmateur·ices de faire des choix avec lesquels, par définition, on peut être en fécond désaccord. Cette possible friction, c'est d'ailleurs le début du dialogue, c'est l'endroit où un « je » s'exprime et se manifeste, pacifiquement, sans violence : c'est donc fondamental. A l'inverse, dans un multiplexe où tout est disponible, l'improgrammation (osons ce néologisme !) est pensée pour éviter l'idée même de rencontre et de désaccord : c'est la garantie (cher payée, au vu des tarifs) de sa satisfaction pour le·la spectateur·ice, au risque de l'assoupissement voire de l'anesthésie critique. 


Chaque programmateur·ice (mais il peut s'agir de collectifs, les formats sont variés) propose ainsi, de semaine en semaine ou de mois en mois, son regard et ses choix. Il n'y a de programmation qu'utopique et imparfaite, qui suppose pour les spectateur·ices d'accorder leur confiance aux programmateur·ices et pour ces dernier·ère, de la construire. La programmation, c'est une relation – d'où les affects si forts que nous éprouvons pour « notre » salle de proximité – à entretenir, à faire évoluer, dans le dialogue, et pourquoi pas la querelle. 


Donc, pas de programmation idéale, mais des idéaux régulateurs, des principes qui disent combien la programmation est un art délicat. En effet, il faut jongler entre : la liberté de création (qui chapeaute la liberté de programmation) ; les contraintes du marché et les règles de concurrence  ; l'exigence d'une diversité réelle dans les œuvres montrées… En somme, une triangulation complexe entre éthique, pragmatique et esthétique. 


Mais fort heureusement, il existe nombre de lieux qui tiennent à cette haute et exigeante idée de la programmation, chacun à leur manière, avec leurs méthodes, qui nous inspirent et forcent l'admiration. À elles et eux, nous voudrions dire, en ce début d'année marqué par ailleurs dans le monde par des violences aussi nombreuses qu'indicibles, qu'ils et elles trouveront toujours à l'ACID une maison, et parmi les cinéastes et l'équipe, de solides allié·es et ami·es. 

Cinéastes de l'ACID


Publié le lundi 02 février 2026

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