108 (Cuchillo de palo)

Un film de Renate Costa

108 (Cuchillo de palo)

Un film de Renate Costa

Espagne - 2010 - 90 min

Rodolfo Costa était différent. Il ne voulait pas être forgeron comme tous les membres de sa famille. Il voulait être danseur. Dans le Paraguay des années 80, sous la dictature de Stroessner, son nom fut mis sur la liste de "108 homosexuels", arrêtés et torturés.


Sorti le 23 mars 2011

À propos de 108 (Cuchillo de palo)

Comment le sort d'un homme peut-il refléter toute une société ? “Chez le forgeron, le couteau est en bois”, dit-on en espagnol. Dès son titre, ce passionnant voyage intime et politique nous plonge dans la métaphore. En retraçant l'histoire de son oncle, en se mettant en scène pour mieux interroger ses fantômes de famille, Renate Costa vient remuer le couteau dans les plaies anciennes de la dictature. Par la délicatesse de sa caméra, toujours inquisitrice, jamais envahissante, par la force et la dignité de ses personnages, par la présence fragile mais sereine de Renate Costa, ce film nous parle de toutes les dictatures passées et présentes et des courages et lâchetés qu'elles engendrent. Dans une scène éloquente, la réalisatrice, en tête-à-tête avec son père, se heurte à son tour au mur d'incompréhension qui avait marqué le destin de son oncle, le “couteau en bois” d'une famille de forgerons. Ce film nous pose sans ambages une question centrale : où regardons-nous quand c'est “l'autre”, le “différent”, qu'ils viennent chercher ? Sur fond de mélancolie, Cuchillo de palo suggère que les dictatures les plus implacables, les plus insidieuses, résident peut-être à l'intérieur de nous-mêmes.

Oriol Canals

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos de 108 Cuchillo de Palo

Par le cinéma Renate Costa restitue l'identité de son oncle défunt resté « mystérieux » pour qui n'a pas voulu le regarder. C'est à partager cette quête cinématographique que nous sommes conviés. Très proche de nos histoires, Cuchillo de Palo nous montre sans tergiverser l'arme redoutable que peut être la norme hétérocentrée lorsque celle-ci sert de pilier à la dictature. 

Le bien normé » lui-même opprimé se rend volontiers complice de la barbarie, physique ou psychologique, portée par le pouvoir. Le déni, la justification religieuse, la lâcheté sans doute, la théorie de la reproduction de l'espèce sont autant de voies qui mènent à cette complicité. La puissance qu'offre la norme partagée génère chez l'être humain une grande capacité à s'aveugler. « Le mal normé » - l'oncle - se voit ainsi doublement exclu, par la dictature et par ses concitoyens aveuglés, condamné à répondre à la seule représentation qui lui est parfois accordée, celle de la Folle, du « Pajarito ». 

Cuchillo de Palo montre également comment la communication entre un père et une fille est entravée par cette même norme. Le dispositif cinématographique qui intuitivement voyage entre le filmant et le filmé accorde une place réelle au spectateur qui aura tout loisir de goûter à la magie réflexive du cinéma. Tout en optant pour une certaine frontalité Renate Costa réussit sans tour de force à accueillir la parole et les silences en douceur. 

Simple, émouvant ce film courageux nous renvoie à nos propres aveuglements.

Christophe Duthoit

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Programmateur


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