Andalucia

Un film de Alain Gomis

Andalucia

Un film de Alain Gomis

France - 2007 - 90 min

Dans son royaume coloré – sa caravane, sa musique, ses héros – Yacine est le maître du jeu. Qu'il soit animateur pour enfants ou guide touristique, il vit chaque expérience au présent. Yacine revoit Djibril, un ami d'enfance. Il se trouve alors confronté à lui-même, à ses origines, à son désir de reconnaissance... Yacine s'en va. Il décide de rejouer la partie pour trouver sa vraie place, celle qui le rendra libre... 


Avec :
Samir Guesmi , Delphine Zingg , Djolof Mbengue , Bass Dhem , Axel Bogousslavsky , Marc Martinez , Xavier Serrat , Irene Montala et Jany Gastaldi

Sorti le 05 mars 2008

À propos de Andalucia

Yacine court, rit, embrasse, mord, bondit d'un lieu à l'autre, hurle son malaise. Un instant il s'immobilise. Un gros plan sur fond de ciel : ses yeux cherchent. Avec Yacine - interprété par un Samir Guesmi époustouflant- nous traversons tous les pans de la société au pas de course.

Un récit constamment ouvert, en quête de liberté, à l'image de son héros, capable des bifurcations les plus folles. Seule constante du réalisateur : ne pas lâcher Yacine un instant. Dans ses pulsions, ses sauts à l'air libre, le cadrage reste au plus près du personnage. Aucun plan large. Le temps comme les espaces de vie sont limités, fragmentés. Yacine ne peut vivre sédentaire : « J'ai pas envie de travailler toujours au même endroit » lance-t-il à une jeune employée soigneusement maquillée derrière son bureau.

L'homme nous emporte d'une rue de Paris au show biz, de sa minuscule roulotte au dancing branché, des marginaux de la nuit à la limousine d'une star. Dans aucun lieu, avec aucun groupe Yacine ne peut s'installer. Malgré les rires et les délires, à chaque rencontre le malaise arrive. Face à une scène violente dans le métro, où pointe le déjà vu, il se répète obstinément : « Je ne suis pas là ! Je ne suis pas là ! » Avec Yacine et cette envie de sortir d'un ici destructeur, de se dégager des enfermements, de courir, Alain Gomis nous emmène bien au-delà du désir de Yacine le maghrébin des HLM. Entraîné chez une jeune femme bien mise, c'est avec un visage atterré que Yacine traverse son meublé, avec mari et enfant bien installés dans la plus grande tristesse. La nuit, les marginaux de la rue semblent plus estimables. Assis sur un banc public en compagnie de Moussa, Yacine semble pourtant blasé : « Tu ne vas pas me redire un conte africain ! » L'homme a quitté les carcans de la cité. Il en raille le langage, fuit les combines. Mais ce passé reste là, encore aimé. Samir Guesmi nous le fait sentir avec finesse. De retour vers la cité qui ne le comprend plus, Yacine observe le visage de son père, ses gestes précis dans sa minutieuse tâche de carrossier. Le fils s'approche, entrant un temps dans le même cadre et lui souffle doucement en arabe : « Tu l'aimes ton métier papa ? ». Le regard de l'acteur travaille constamment. Samir Guesmi est surprenant par ses capacités à faire basculer une scène par un simple changement de regard, passant en quelques secondes du sourire complice au copain d'hier à un rictus provocateur, pour se transformer en une embrassade à pleine bouche. La haine et l'amour en lutte.

Yacine a déchiffré tous les vices de notre monde. Aucune position, aucun statut ne lui semble tenable. Dans chaque lieu traversé, il singe les rituels. Il lui faut s'arracher d'ici. Mais où aller ? D'où ces plans qui ponctuent le film : le visage inquiet de Yacine, isolé dans le cadre. Sur un fond épuré, les yeux cherchent à nouveau.

Dans sa quête de « l'inaccessible étoile », c'est loin des rues de Paris et des cités que Yacine va poursuivre son périple, en solitaire. D'entrée, le titre Andalucia nous invite à y songer.

Dans son malaise ici, sa recherche d'un ailleurs, l'étrange Yacine est-il aussi « fêlé » que l'affirment ses amis ?

Luc Decaster

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