Buena Vida (Delivery)

Un film de Leonardo di Cesare

Buena Vida (Delivery)

Un film de Leonardo di Cesare

Argentine - 2004 - 95 min

Hernán a 24 ans et survit grâce à un emploi précaire de livreur. Depuis que sa famille a émigré en Espagne pour fuir la crise qui secoue le pays, il vit seul dans la maison familiale, vide à présent et pleine de souvenirs.

Il est amoureux de Pato (Patricia), employée d'une station essence mais n'ose pas lui déclarer ses sentiments. Tout change lorsqu'il se rend compte que Pato cherche un logement : il lui propose alors de lui louer une pièce chez lui. Après quelques temps commence entre eux une relation amoureuse apparemment idyllique.

Soudain, les parents de Pato débarquent de province et demandent l'hospitalité pour une nuit dans la maison de Hernán. La famille est courtoise et aimable, mais les jours passent et ils ne s'en vont pas…

Le désarroi de Hernán est d'autant plus grand que Venancio, le père de Pato, installe sans crier gare de vieilles machines et décide de monter une usine de churros* au beau milieu de la salle de séjour.

Une comédie grinçante qui met en scène les situations inextricables dans lesquelles se retrouve une partie des Argentins aujourd'hui, pris dans la tourmente économique de leur pays.

* Churros : Chichis, beignets allongés

Sorti le 02 mars 2005

À propos de Buena vida (Delivery)

La famille d'Hernan part s'installer en Espagne, laissant au jeune homme la maison. Il est coursier, continue quand il le peut des études de design. Il rencontre Pato, une belle fille qui travaille dans un garage ; la drague ; se fait gentiment rembarrer ; mais Pato se retrouve à la rue et Hernan accepte de lui louer une chambre à prix modique. Assez vite, ils entament une histoire ; Hernan ne peut pas refuser d'héberger la famille de sa petite amie quelques jours quand elle débarque soudain, et ce, contre la volonté de Pato elle-même. Mais les « invités » (le père, la mère et une petite fille, Luli) s'installent avec armes et bagages, et surtout leur fabrique de churros dans la maison, bien décidés à y rester - cela devient alors une tout autre histoire.


Cela démarre comme une petite comédie réaliste du désœuvrement, des amours adolescentes et de la débrouille ; et glisse sans crier gare, par un point de bascule que l'on ne remarque pas, qui ne s'entend comme tel qu'après-coup, dans une farce cauchemardesque où tout ce désœuvrement, cette « simplicité » confortable (des cadres comme du déroulement des péripéties), cette joliesse amoureuse supposée sans passion, prennent une ampleur inattendue et d'autant plus saisissante.


Non que la « petite » comédie ne séduise pas : scènes de drague éconduite avec Pato ou de glande déprimée au bureau des coursiers, l'humour en sourdine de ces plans jamais plats mais sans prétention (très simples, encore une fois), de ce jeu qui ne s'appuie pas sur des bons mots mais sur une déconfiture douce, minimaliste, des comédiens comme des personnages, est juste et précis ; le trouble y a sa place aussi, un baiser n'y est pas anodin mais chargé de désir. Seulement le basculement du récit ajoute, littéralement, de la dimension, et pas qu'une, au film. C'est une jolie comédie réaliste, de glande et d'amourettes ; c'est une charge et une farce féroces sur les manies dictatoriales de la classe dominante en faillite du pays, ou encore sur comment un jeune yuppie se fait avoir ; c'est un cauchemar éveillé d'humiliation masculine où seule la violence pourra rendre un peu de l'honneur perdu ; c'est une histoire d'amour empêché ; c'est une histoire d'amour maternel aussi (Luli est en fait la fille de Pato, c'est par là que le film se terminera) ; c'est une peinture par la bande, toute en notations apparemment anodines, de la déliquescence d'un pays tout entier, où chacun invente une solution qui en coince un autre pour survivre. Il n'y a d'argent presque nulle part, et là où il y en a il ne faut pas le laisser passer. Que peut-il rester d'amour dans de telles conditions ? C'est aussi une des questions que pose le film, dans la relation manquée - impossible ? - entre Hernan et Pato. Il en reste pourtant.


Et c'est une des beautés du film, que cette mise en scène d'une situation impossible et néanmoins réelle, qui ne renonce pas non plus à un reste, à la possibilité d'une solution, même impossible elle aussi ; la débrouille au sens fort.

Marina Déak

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