Plus que le portrait d'une mère, c'est dans un voyage vers elle, jalonné d'amitié et de détours, que nous entraîne Philippe Petit. Sous des airs à la fois ironiques et légers, il nous confronte à la disparition de nos proches les plus chers et aux bouleversements intimes qui en découlent.
Dans cette frontalité salutaire, son auto-filmage en homme en crise, traversé par les souvenirs, les responsabilités et les doutes, devient l'occasion de composer des cadres au cordeau, de mettre en valeur les espaces et les arrières plan au sein desquels déambule sa silhouette « keatonesque » traînant sa valise à roulettes. Une suite de sauts de puce dont les multiples étapes — où il prend au passage des nouvelles du frère et de quelques vieux amis — ne font que préparer aux retrouvailles avec sa mère. Comme des souvenirs qui viennent l'assaillir, des archives la font surgir, encore jeune, roublarde et malicieuse mais également rongée par une solitude noyée dans l'alcool. Il la retrouve finalement dans la chambre de l'EHPAD qu'elle occupe, désormais scotchée à son téléviseur.
Le temps se ralentit pour éprouver dans leur terrible banalité ces derniers moments passés avec celle qui ne bouge presque plus : une séance de mots croisés, une dernière marche sur le parking... Ultime confrontation dans laquelle le fils trouve le courage de lui déclarer son amour et de poser les mots — les derniers — qui signent un déchirement inéluctable.