Fida est née en 1975 au Liban au début de la guerre. Enfant, elle se couche à côté d'un cadavre dans la rue et souhaite mourir. À dix ans, un milicien censé la protéger la tient en joue. Fida est aujourd'hui une femme en robe rouge que la réalisatrice Sylvie Ballyot, dans un geste cinématographique spectaculaire, entreprend d'arracher à un songe où, dans ses yeux d'enfant, la mort se confondait avec la vie. Elles retournent ensemble à Beyrouth.
Dans un immeuble dominant la ville, troué par la guerre et traversé de lumière dorée et de vent, Fida déplace sur une maquette une figurine qui la représente enfant. L'espace de ses premières années, la green line du titre, est la frontière entre Beyrouth-Est et Beyrouth-Ouest, lieu de mort et de chaos.
Il prend forme avec ses snipers de bois et de résine, ses gisants de terre cuite. Face à ce théâtre de papier et de laine, Fida convoque, en chair et en os, les acteur·ices ou témoins de son enfance détruite : miliciens de l'Ouest et de l'Est, repenti·es ou pas, civil.es. Elle reconstruit l'espace, enquête, les met au pied du mur de leur passé avec son regard immense et son obstination tranquille. Leur parole à eux, à elles, est de déni et de vérité, humaine ou glaçante. L'histoire de cette guerre aux centaines de milliers de morts se parle à travers leurs voix, leurs convictions ou leur absence de cause, leur idéologie, leur foi. Le document historique prend une ampleur inattendue, parsemé d'images d'archives, contrepoints des visions mentales animées qui mettent en scène la fillette-figurine.
Au terme des deux heures trente de film, Fida semble admettre l'irréductible complexité des choses. La femme en robe rouge peut quitter son enfance mortifère et marcher ici et maintenant dans les rues de Beyrouth.