Huacho

Un film de Alejandro Fernandez Almendras

Huacho

Un film de Alejandro Fernandez Almendras

Chili, France, Allemagne - 2009 - 89 min

Au sud du Chili, c'est la fin de l'été, quatre membres d'une famille paysanne vont et viennent, chacun à ses occupations. Le monde qui les entoure change trop vite, ils ont du mal à le comprendre et à s'y adapter. C'est un monde dans lequel un jeu vidéo, une nouvelle robe sont plus précieux qu'un litre de lait ou un verre de vin. Un monde nouveau, globalisé qu'ils ne reconnaissent pas mais qui est bel et bien là.

Avec :
Clemira Aguayo , Alejandra Yanez , Cornelio Villagran , Manuel Hernandez , Wilson Valdebenito , Rosa Urbina et Luz Marion Sepùlveda

Sorti le 09 décembre 2009

À propos de Huacho

Ce qui est intriguant avec Huacho, dans un premier temps, c'est que nous ne savons pas dans quel espace cinématographique nous nous trouvons. Documentaire ? La première partie semble bien en épouser les codes, pour décrire le quotidien rude d'une paysanne âgée, apparemment tenue de travailler dur jusqu'à la fin de sa vie. Puis l'enchaînement de scènes fortement signifiantes nous amène à réajuster notre regard. Fiction ? On se prend alors à admirer l'incarnation (on n'ose dire interprétation), d'un naturel et d'une profondeur absolus, des personnes (on n'ose dire acteurs), qui ont prêté leurs visages à cette représentation. Puis vient la répétition de la journée, et l'apparition d'une structure formelle qui déporte et réjouit encore un peu plus notre regard. Un conte ? L'allégorie en effet se dessine peu à peu, celle d'une société en déficit d'humanité, perdue dans la glorification de la possession et des apparences, perdue au point de placer ses paysans au plus bas de l'échelle de la considération. Huachos. Film politique alors ? Oui, aussi, et dans ses moyens autant que dans son contenu : car si la caméra, qui bouge beaucoup, est tenue, c'est le plus loin possible du langage de l'ennemi, la publicité. Et c'est un cinéma de l'humilité que nous avons la chance de regarder, un cinéma du renoncement quasi militant au luxe des images, qui ne serait pas différent du luxe obscène étalé partout et notamment dans les variétés et les telenovelas chiliennes – et de télévision il est en effet question dans la parabole du paiement de l'électricité ayant pour conséquence immédiate son retour dans les repas familiaux à la place des histoires du grand-père. Alors on remercie Huacho de savoir être tout ça à la fois : un constat de la pauvreté et des inégalités dans un pays qui n'en manque pas, des visages inoubliables, et une leçon de cinéma. Car ce film, qui transcende les genres précités, est un geste cinématographique, évidemment reliable à l'histoire du réalisme, mais une vraie leçon de cinéma au sens où il nous en apprend sur ce que le cinéma peut encore être, et comment il peut nous toucher.

Philippe Fernandez

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