Ini Avan, Celui qui revient

Un film de Asoka Handagama

Ini Avan, Celui qui revient

Un film de Asoka Handagama

Sri Lanka - 2012 - 104 min

De nos jours, au nord de Sri Lanka... Après deux ans passés dans un camp de réhabilitation sous contrôle gouvernemental, un ex combattant de l’armée rebelle vaincue retourne dans son village. Il y retrouve la femme qu’il a aimée, et entreprend de revenir à une existence normale. Coupable, aux yeux des villageois, d’avoir survécu, il est très vite rattrapé par les haines et les fantômes du passé. Une rencontre inattendue va peut-être changer le cours de son destin.



Avec :
Dharshen Dharmaraj , Subashini Balasubramaniyam , Niranjani Shanmugaraja , Raja Ganeshan , Malcolm Machado et Maheswary Ratnam

Sorti le 10 juillet 2013

À propos de Ini Avan

Un homme, seul, rentre chez lui. C'est un ancien cadre des Tigres de libération de l'Îlam Tamoul, le mouvement de guérilla qui a sévi au Sri Lanka pendant trente ans. Face à lui le silence, puis la colère de villageois marqués par les enrôlements forcés et les ponctions financières des séparatistes. Ils n'entendent pas laisser ce « revenant » en paix. Pas plus que les habitants de la ville toute proche où l'homme cherche un travail qu'on lui refuse. Le « tigre qui revient » est la mauvaise conscience de l'Îlam Tamoul. Celui qui, en s'obstinant à vivre, questionne l'utopie séparatiste et ouvre les plaies encore vives d'un pays composite où cohabitent tamouls, cinghalais et musulmans. Avançant à tâtons dans la touffeur humide de sa nouvelle vie civile, l'homme se débat pour échapper aux fantômes qui surgissent à chacun de ses faux pas, avec une douceur et une patiente obstination qui contrastent avec son physique massif. 

Servi par une image remarquable et une grande finesse d'interprétation, avec une mention spéciale pour Dharshen Dharmaraj qui incarne le personnage principal, Ini Avan nous aspire dans sa quête identitaire en réussissant à concilier la gravité de son sujet avec un humour et une tendresse inattendus. Une atmosphère qui doit beaucoup à l'autre grand rôle du film, une rescapée tamoule dont l'Histoire pourrait ne retenir que le statut de victime mais qui par son entêtement et son espièglerie offre une issue aussi subtile qu'imprévue. 

Frédéric Ramade

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos de Ini Avan

Le cinéma d'Asoka Handagama est à découvrir absolument. Utilisant les codes des arts populaires, et en premier lieu du mélodrame, ses films proposent des héros qui affirment leur intégrité au cœur des conflits ethniques et sociaux qui déchirent le Sri Lanka d'aujourd'hui. Celui qui revient (Ini Avan), traite un grave sujet : comment vivre après un désastre – en l'occurrence après une atroce guerre civile, qui n'a pas seulement dévasté le pays et laissé de nombreuses victimes mais empoisonné insidieusement les esprits et les cœurs des survivants. Le jeune guerillero tamoul qui revient dans son village n'est pas le bienvenu parmi les siens : ils lui imputent la responsabilité de tous leurs malheurs de vaincus. L'homme n'est pas un Tigre fanatique, il se méfie de ses anciens compagnons, reconvertis dans les mafias de la reconstruction. Mais il n'est pas non plus pour autant un repenti, il rappelle à plusieurs reprises aux villageois qui le rejettent qu'il avait pris les armes pour eux. Il entend seulement saisir la seconde chance qui lui est offerte, retrouver le fil de sa vie. Dans sa quête douloureuse mais jamais désespérée, il est accompagné, ou plutôt guidé à son insu, par trois femmes : sa mère, qui lui donne un bijou, la femme aimée, qui élève un enfant qui n'est pas le sien, et surtout – d'une façon totalement inattendue – la femme d'un autre homme dont il a pris le travail et qui devient la plus belle figure du film. Autour de ces femmes, malmenées, bafouées, mais indomptables, une nouvelle communauté se dessine, peut-être...

Antoine Glémain

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Programmateur


Le Vox Mayenne
Paroles de programmateurs

À propos de Ini Avan

Faut-il connaître l'histoire de Sri Lanka pour entrer dans l'univers filmique d'Asoka Handagama ? Peut-on rattacher Ini Avan à un genre, et celui qui vient tout de suite à l'esprit, le genre Bollywood, avec chansons et situations mélodramatiques à la chaîne ? 

C'est évidemment les questions que l'on peut se poser dans les premières minutes du film. Mais passé le mariage forcé de la première jeune femme et de sa vie avec l'ancien chef rebelle, le récit s'installe ailleurs. 

A plans presque arrêtés, cadrés avec rigueur, le cinéaste nous impose le rythme lent d'une société d'après guerre qui oscille entre désillusion et illusion de renouveau par les trafics mafieux. Le révélateur du film, la pierre angulaire qui fait basculer le récit vers une nouvelle liberté, même si celle-ci est semée d'embûches, c'est l'arrivée de la femme du gardien limogé. A la fois forte et mutine, elle se glisse dans les plans, s'impose au point que l'on ne voit plus qu'elle. Elle tourne le dos à la victimisation, affronte la vie avec cran, obligeant notre héros à réagir et à ouvrir un peu plus les yeux sur les dégâts d'une société qui a perdu ses repères économiques et moraux. J'aime l'idée de cette jeune femme filmée en bord de plan, en arrière plan et qui fait exploser le cadre par sa détermination. Si le cinéma a une géographie, sa force vient lorsqu'il franchit les frontières pour aborder l'intime de notre humanité. Et Ini Avan produit ce moment de grâce avec ces quelques plans qui restent gravés dans notre mémoire, plaçant Asoka Handagama comme un cinéaste de notre temps. 

Daisy Lamothe

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

précisions sur le cinéma Sri Lankais

Né avec l'indépendance de Ceylan en 1947, l'encore jeune cinéma sri lankais a grandi sous l'influence du cinéma indien (hindou et tamil) dont il reproduit les conventions et les genres (principalement le mélodrame familial). Mais à l'ombre de la figure tutélaire de Lester James Peries, contemporain de Satyajit Ray, plusieurs générations de réalisateurs se sont succédées depuis pour créer un authentique cinéma d'auteur.


Représentant le plus respecté mais aussi le plus controversé de ce que l'on pourrait appeler la «3e génération», Asoka Handagama, né en 1962, avait commencé à se faire connaître à l'international, avec deux longs métrages sortis en France au début des années 2000 : This is my Moon et Flying with one Wing. Ce mouvement de reconnaissance est brutalement stoppé en 2005 avec l'interdiction qui frappe, avant même d'avoir été vu, son 5e long métrage, Akshraya (rebaptisé depuis Goodbye Mum). Ini Avan – Celui qui revient marque, comme pour le « héros » du film, le retour du cinéaste dont on était sans nouvelle depuis 8 ans.

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