La Bataille de Tabatô

Un film de João Viana

La Bataille de Tabatô

Un film de João Viana

Portugal, Guinée-Bissau - 2013 - 83 min

Après trente ans d'exil, Baio accepte de revenir en Guinée-Bissau à la demande de sa fille. Fatu tient à ce que son père l'accompagne le jour de son mariage. Elle va épouser Idrissa, célèbre chanteur des Supercamarimba. La cérémonie doit se dérouler à Tabatô, le village des griots, peuple de musiciens. Mais lorsque Baio retrouve les lieux de son passé, les souvenirs de la guerre d'indépendance remontent à la surface. Pour en finir avec la guerre et ses fantômes, Idrissa décide de mener une dernière bataille...

Avec :
Fatu Djebaté (Fatu) Mamadu Baio (Idrissa) Mutar Djebaté (Baio)

Sorti le 18 décembre 2013

Sortie non communiquée

À propos de La Bataille de Tabatô

Il n'est pas fréquent de rencontrer un film qui arrache radicalement le monde au quotidien tout en l'exprimant profondément. 

Le film s'ouvre sur la voix suave d'un conteur qui nous transporte aux sources du mythe. Cette voix, force tellurique, affirme la grandeur de la civilisation mandingue, créatrice successivement de l'agriculture, d'un régime de gouvernance équitable et de la musique moderne (le reggae et le jazz). C'est une voix fière et solennelle, arrogante même. Cet acte inaugural place le film sur deux régimes : celui de l'oralité et celui du mythe. 

Pourtant, c'est bien le présent le plus actuel d'une terre africaine que João Viana nous montre. Sa mise en scène cherche des voies modernes, hors du naturalisme ; elle tente de fonder un cinéma où les forces mythologiques immémoriales de l'Afrique s'inscrivent dans l'époque contemporaine. 

Le récit du film combine plusieurs temporalités et produit des accélérations, des moments de suspension et des digressions qui peuvent surprendre. João Viana s'inspire des attributs de l'oralité – celle de la mémoire des griots – alors que le cinéma le plus souvent relève de l'écriture. 

Mais son inventivité formelle (cadre, composition, usage du noir&blanc et de la couleur, rythme) nous montre qu'il s'agit, par le cinéma, de trouver la voie – et les voix – d'une réconciliation de la Guinée Bissau après les désastres de la guerre de décolonisation et des coups d'états qui ont suivi. Certains Guinéens s'étant alliés aux colons, ils ont connu la fusillade ou l'exil dès la proclamation de l'indépendance du pays. C'est le cas du père de l'héroïne. Dès lors, l'ambition du jeune cinéaste portugais est immense : travailler à la fois le mythe et le contemporain, inventer un cinéma où ces deux dimensions deviennent indiscernables pour proposer une image de la réconciliation.

Au fond, ce qui nous touche le plus dans La Bataille de Tabatô, c'est que ce film rêve que le cinéma est un pays en soi – peut être même une nation – au-delà de la nationalité des cinéastes.

Aurélia Georges

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Cinéaste


Christophe Cognet

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos de La Bataille de Tabatô

Dans l'inoubliable Sans soleil, la Guinée Bissau était désignée comme « l'un des deux lieux de la survie », avec le Japon. Chris Marker nous la montrait à plusieurs reprises comme un lieu de l'extrême éloignement où, paradoxalement, se révélait avec la plus grande netteté l'état d'un monde, façonné par l'Occident (et par son cinéma) tout en étant en résistance obstinée contre un tel arraisonnement. 

Le film de João Viana, La Bataille de Tabâto, revisite trente ans plus tard le même lieu, cette fois dans un rapport d'intime proximité dont ne saurait rendre compte la simple précision du cadre (l'action se concentre dans un village de griots mandingues, Tabâto), ni la trame apparente de l'histoire (Baio, un ancien soldat supplétif des troupes coloniales portugaises, rentre au pays pour le mariage de sa fille Fatu avec Idrissa, célèbre musicien de Tabâto). 

Le véritable récit est énoncé sur l'écran noir du début du film par la voix solennelle d'un griot : « Pendant que VOUS, barbares, faisiez la guerre, NOUS avons inventé l'agriculture, un mode de gouvernance équitable, et la musique moderne, le jazz, le blues et le reggae… » Toutes les perspectives sont renversées, non pas seulement entre l'Afrique et ses conquérants, mais entre l'Histoire des vainqueurs et un univers mythique plus secret et plus vrai, d'une tout autre portée spirituelle. Le moment colonial, dont le personnage de Baio est la cristallisation, sans être dissous, est situé dans un autre niveau de temporalité. Tout cela s'exprime dans la forme même du film de João Viana et en particulier dans sa bande-son magnifique, qui intègre en une seule partition musicale la modulation des voix, les accords du balafon, de la kora et des autres instruments africains, le fracas fantasmé des armes, les bruits de la brousse, les cris des animaux… Ce n'est pas un film sur les griots mais une œuvre de griot, déroutante, à vivre comme expérience d'initiation.

Antoine Glémain

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Programmateur


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