La Visiteuse

Un film de Jean-Claude Guiguet

La Visiteuse

Un film de Jean-Claude Guiguet

France - 1983 - 10 min

Court-métrage programmé dans cadre de l'ACID Cannes 2006 en hommage à Jean-Claude Guiguet. 

Une jeune femme vient confier à une amie de longue date un chagrin d'amour. Celle-ci prescrit quelques recettes éprouvées dans l'art de la guérison. Mais, après le départ de son amie, pourtant...

Avec :
Françoise Fabian et Héloïse Mignot


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À propos de La Visiteuse

LE BEAU MIRAGE.


_ Une dame en blanc entre chez une dame en noir. Elles parlent. La femme en blanc repart. La femme en noir met un disque. Elle écoute un peu la chanson. Elle va à la fenêtre. En s'approchant derrière elle, sur la pointe des pieds, on surprend une expression sur son visage. Quelle expression ? Le blanc et le noir sont deux couleurs de deuil. Dehors, c'est le printemps. Des êtres reclus à qui l'on rend visite, ces malades au chevet desquels on reste un moment avant qu'ils nous congédient sans façon, avec une douceur sans réplique, et jusqu'au sens sacré de la visitation, cela revient tout le temps dans les films de Guiguet. Quelqu'un du dehors, quelqu'un du dedans, quelqu'un venu de l'extérieur, quelqu'un évoluant dans un intérieur familier : si alors la visite est peut-être la figure par excellence de ce cinéma, c'est qu'est posée au coeur de celui-ci la question de "l'expression des sentiments", oui, comment exprimer un sentiment, par quel mouvement extérieur se révèle un mouvement intérieur ? Faut-il, ne faut-il pas, verser des larmes si l'on est triste ? Quel signe attendre d'un sentiment qui étreint ? Comment pour une amoureuse exprimer qu'elle aime ? Question idéalement cinématographique : comment, par les moyens tout "extérieurs" du cinéma, avoir accès à une intériorité et mieux encore, comment toucher au sentiment directement, d'un seul coup, en demeurant au seuil impersonnel de la visite, c'est-à-dire sans forcer une intimité au passage. La Visiteuse, dans sa concision implacable, est un précis de l'art et la manière de Guiguet. Densité, exactitude, tranchant et délié des sentiments mêlés. Car cette brève visite est l'occasion d'une rencontre : celle entre le fait et l'idée, entre l'esprit et la chose qui sont à la naissance d'un sentiment, au dernier plan, sa fulgurance subreptice. La femme blanche s'en tient au fait, la femme noire, à l'idée. En moins de cinq minutes, on apprendra de la première qu'elle a été quittée par son amant, qu'elle en souffre, qu'elle a un mari, des enfants, et que les films de Charlot ne la font pas rire. On ne saura rien de la seconde, de sa vie, de ses amours, mais on apprendra qu'elle a son idée, conseillant son amie éplorée sur le chagrin, la souffrance, l'utilité des larmes, l'attente et la guérison. L'amie repartie, il suffira d'une simple chanson et d'un travelling avant pour toucher tout à coup au sentiment, celui que reflète alors le visage admirable de Françoise Fabian : parce que la visitée, conseillère inflexible, a préféré recommander à sa visiteuse de ne pas pleurer ("Pas de larmes !"), son visage à la fin, soudain bouleversé, atteint instantanément la plus haute note du sentiment. Expression d'autant plus pure qu'on n'en connaît pas la cause. On assiste dans Les Passagers à la même "visite" entre Jean-Christophe Bouvet et Serge Bozon, du récit extravagant par le premier de sa vie au silence transi du second, passant d'un visage indéchiffrable à des larmes incompréhensibles. C'est la précieuse beauté guiguettienne : l'irruption d'un sentiment absolument nu. La femme regarde par la fenêtre, son sentiment ne lui appartient plus. Cette nudité ainsi impersonnelle s'offre à tous sans effraction, spectateurs solitaires et visitées d'un instant. Est-ce un miracle ou un mirage, qu'importe, puisque l'effusion est si vive. Si vive.

Sandrine Rinaldi

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À propos de Jean-Claude Guiguet

L'ACID a proposé de rendre un hommage à Jean-Claude Guiguet avant la projection de mon film (Petites Révélations), je suis contente, je vais pouvoir dire ce que je n'ai pas su toujours exprimer. Il y a quelques années, j'ai rencontré Jean-Claude autour de cette grande table de l'ACID lors des discussions animées à propos des films que nous y découvrions. Une petite musique dans sa voix m'a tout de suite évoqué le sud. Il savait à chacune de ses interventions longues et argumentées, piquantes parfois, captiver l'attention de chacun d'entre nous, il possédait la séduction d'une langue sensible et maîtrisée à la fois. Silhouette fluette, œil vif, ça me plaisait de découvrir à quoi ressemblait ce cinéaste dont j'aimais le parcours vagabond et dont j'avais lu les textes critiques, tout comme j'ai aimé rencontrer son ami Jean-Claude Biette, versant douceur, d'une amabilité toute particulière. Tous deux avaient comme vertus d'être curieux des films qui naissent, toujours à l'affût, prêts à encourager les nouveaux venus. Ce qui importe encore plus c'est qu'ils étaient des hommes libres, leurs films leur ressemblaient, ils suivaient un chemin vagabond, hors des sentiers battus. Ils donnaient envie de les suivre. J'ai croisé souvent Jean-Claude Guiguet, jusqu'à la fin il a servi avec passion les films qui le touchaient, grand amoureux, excessif quelques fois mais toujours avec brio. Jean-Claude Biette est parmi le premier, Jean-Claude Guiguet l'a suivi. Ils manquent tous deux. Cet hommage à Jean-Claude Guiguet ne se fait pas sans le regret qu'il nous ait quitté sans réaliser son dernier film. Il lui tenait tant à cœur, mais l'époque, peu friande de passion, de découverte, de liberté, de poésie, de voie détournée, ne lui a pas permis de le faire. Nous savons tous qu'il a vécu douloureusement ces empêchements. Dommage que nous ayons été privé de son film par des temps peu propices. Cela donne du sens à l'ACID et à sa résistance. Pour cet hommage Sandrine Rinaldi écrit un texte sur La Visiteuse, Jean-Claude nous réunit. Dans ce perpétuel mouvement de vie que créent les films, ce voyage avec ou contre eux, et surtout ce désir insatiable qu'ils suscitent, il est toujours là et montre encore la voie.

Marie Vermillard

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