Le Brahmane Du Komintern

Un film de Vladimir Leon

Le Brahmane Du Komintern

Un film de Vladimir Leon

France - 2006 - 130 min

Du Mexique à la Russie, d’Allemagne en Inde, le réalisateur Vladimir Léon part à la recherche d’un aventurier révolutionnaire du Bengale : M. N. Roy. Fondateur d’un parti communiste dans le Mexique de Zapata, dirigeant de l’Internationale communiste en Russie soviétique aux côtés de Lénine, militant antistalinien et antinazi dans l’Allemagne d’avant-guerre, politicien et philosophe athée dans l’Inde de l’indépendance, Roy incarne les luttes d’un siècle qu’il a traversé sur trois continents. Pourtant, les histoires officielles de ces pays ont préféré en effacer la trace. À la rencontre des témoins directs et indirects, Léon reconstitue patiemment l’existence chaotique d’un esprit libre.

Sorti le 24 octobre 2007

À propos du Brahmane du Komintern

Pourquoi avoir choisi M. N. Roy ?


Peut-il exister une grande figure qui n'en soit plus une pour personne sinon pour un détective amateur dont l'enquête aussi têtue qu'indolente ménage sans cesse des chausse-trappes narquoises, à l'image des chausse-trappes historiques entre lesquelles cette grande figure a slalomé avec plus ou moins de mauvaise fortune et de bonne obstination ? Oui, la grande figure : M. N. Roy ; le détective amateur : Vladimir Léon. La preuve : Le Brahmane du Komintern, où tout tourne autour de l'exemplarité. Dans une enquête historique, rien de plus opportun que les exemples ; et rien de plus exemplaire qu'un certain idéal – reste à savoir lequel. Comme Bruce Willis dans la série Die Hard, M. N. Roy fut toujours in the wrong place at the wrong time, c'est-à-dire là où le vingtième siècle se jouait dans l'espoir révolutionnaire internationalisé de gré ou de force, du Mexique à la Chine, de l'Allemagne à l'Inde, mais jamais au centre de ce jeu, à chaque fois au plus près d'un pouvoir communiste qui finit toujours par l'excepter, éclaireur trop éclairé ou trop myope – pour voir au loin les terreurs à venir. Parcours exemplaire ? La force du film, c'est qu'il rend difficile toute réponse : même l'amateur le plus exigeant de films policiers découvre ici une forme d'enquête post-prescription à l'incertitude inédite, non pas parce que le « coupable » a disparu, mais parce que l'affaire méritait peut-être d'être déjà classée et qu'elle met progressivement au jour un deuxième « coupable » en la personne du cinéaste initiateur de l'enquête : Vladimir Léon. Pourquoi s'entête-t-il, lui qui attend trop avant d'aller en Inde, préférant papoter en Russie avec des spécialistes patentés ne sachant rien ou presque (mélancolie des historiens qui n'ont pas accès aux archives), lui qui se promène dans trois continents comme un gentleman-farmer en villégiature humant avec délectation la résurgence de menues traces historiques ? Le Brahmane du Komintern est-il un grand penseur ? On ne sait pas. Un grand homme ? Un ami indien de M. N. Roy annonce que M. N. Roy sauva sa femme malade. On attend un récit exemplaire. On tombe sur le simple cadeau par M. N. Roy d'une bouteille de Porto offerte au couple. Résultat : on se demande si les traces historiques sont à la hauteur ; si la séquence n'ouvre pas une déception possible sur la grande figure ; si elle ne moque pas en toute civilité une démarche hagiographique qui n'a pas lieu d'être. Vladimir Léon, à défaut de trouver ce qu'il cherche (mais on aurait presque des raisons de se dire qu'il a trouvé de quoi éclairer la grande figure, et qu'il ne l'a pas monté), trouve suffisamment pour chercher et faire ainsi de sa quête erratique un exercice quotidien exemplaire. Avec un esprit de coq à l'âne, il crée aux quatre points du globe et au seul bénéfice de cet exercice une Internationale utopique, à la fois groupusculaire (vu le nombre de ses membres, souvent introuvables : qui connaît M. N. Roy, effacé de la photo ?), hétéroclite (vu leur singularité : qui est d'accord sur M. N. Roy ?), aristocratique (si M. N. Roy comme grande figure tutélaire du Club n'est pas une grande figure, le Club qui l'a élu n'est-il pas de ce fait parmi les plus aristocratiques ?) et romantique (s'attacher quelle que soit la figure à une figure exemplaire – ici celle du minoritaire transhistorique). Si, pris dans cette acception, le brahmane du Komintern est un grand penseur (on juge les maîtres à leur influence), Le Brahmane du Komintern est-il un grand film ? En tout cas pas de grande forme, pas de frontalité se coltinant un grand sujet, pas de rapport au filmé cultivé au filmage. Non : rien qu'un reportage bricolé avec soin, plus à même ainsi d'avancer masqué et donc de militer pour ce qu'il défend, entre opportunisme et idéalisme, c'est-à-dire à l'image de la figure choisie. Le Brahmane du Komintern est un film secret, un film d'esprit - sans qu'il s'agisse de spiritualité, même hindoue. Le film est fait dans un certain esprit pour défendre un certain esprit. On pense à Montaigne, avec ses rapports de voyage venus des quatre points du monde, pétri de curiosité et sceptique, familier de l'horreur historique et humaniste à sa façon. Vladimir Léon a fait Le Brahmane du Komintern et du détour par les exemples un principe et un idéal d'enquête et de voyage.

Pascale Bodet

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Cinéaste


Serge Bozon

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Cinéaste


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