Le Challat de Tunis

Un film de Kaouther Ben Hania

Le Challat de Tunis

Un film de Kaouther Ben Hania

Tunisie, France, Canada, Émirats arabes unis - 2014 - 90 min

Tunis, avant la révolution. En ville une rumeur court, un homme à moto, armé d’un rasoir, balafrerait les fesses des femmes qui ont la malchance de croiser sa route. On l’appelle le Challat, “la lame”.

Fait divers local ? Manipulation politique ? D’un quartier à l’autre, on en plaisante ou on s’en inquiète, on y croit ou pas, car tout le monde en parle… sauf que personne ne l’a jamais vu.

Dix ans plus tard, sur fond de post-révolution, les langues se délient. Une jeune réalisatrice décide d’enquêter pour élucider le mystère du Challat de Tunis. Ses armes: humour, dérision, obstination.

Avec :
Jallel Dridi , Moufida Dridi , Mohamed Slim Bouchiha , Narimène Saidane et Kaouther Ben Hania

Sorti le 01 avril 2015

À propos du Challat de Tunis

Le Challat de Tunis est une satire sociale malicieuse et insolite, qui nous rappelle les réjouissantes comédies italiennes d'autrefois. À ceci près que le film propose une forme cinématographique hybride et inclassable, qui brouille avec une joyeuse bouffonnerie les frontières entre la fiction et le « documenteur ». Truffé de situations incongrues et de simulacres loufoques, Le Challat de Tunis déjoue les certitudes et les attentes.

Déjanté et imprévisible, il n'en finit pas de nous dérouter, de nous amuser, de nous sidérer. Son audacieuse écriture creuse avec humour et légèreté le thème du machisme oriental qui, paradoxalement, se révèle alors profondément pathétique et triste par-delà sa violence manifeste. Grâce à leur omniprésence dans le film, la caméra, le chef opérateur et la cinéaste – trois personnages à part entière dans le récit - créent un entre-deux filmique intéressant et magique. Un lieu de grande souplesse narrative où jaillissent les situations les plus invraisemblables, et la poésie la plus inattendue. La musique, mais aussi des détails d'accessoires, de costumes et de couleurs viennent souvent égayer et aiguiller le regard du spectateur.

La figure du Challat, dressée au début du film comme symbole national fantasmagorique d'une virilité machiste tantôt lubrique tantôt justicière, devient un prétexte filmique pour ériger une constellation de personnages complexes, truculents et inventifs, pleins de contradictions, de lucidité et d'autodérision.

Rima Samman

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos du Challat de Tunis

Le Challat de Tunis est de ces films qui arrêtent net l'antienne opposant le cinéma documentaire au cinéma de fiction. En adoptant une forme parfaitement hybride – et qui n'a rien à voir avec le simplisme laminant du docu-fiction – la réalisatrice Kaouther Ben Hania parvient à mettre en image le phénomène de la rumeur. À savoir la part infime de vérité que l'opinion publique boursoufflera des fictions les plus fantasmatiques. En creux, bien entendu, c'est la société tunisienne d'après la révolution – avec sa culture machiste archaïque toujours aussi vivace – que la réalisatrice questionne. Suivie de son caméraman, elle traque l'identité du Challat, presque dix ans après ses forfaits, non sans une persévérance et un courage qui forcent le respect, arpentant une rue tunisienne émaillée de combats de béliers et considérée par bon nombre comme « un piège à péchés ». Vrai geste féministe, ce film donne aussi à rencontrer des femmes pas fatalement victimes et dont les témoignages ajoutent à l'humour corrosif ambiant. Car c'est bien par la dérision que la réalisatrice entend mettre à jour l'hypocrisie dominante autour du statut des femmes tunisiennes. Le quasi-abandon de son but premier – retrouver qui était le Challat de Tunis – devient l'acte de résistance ultime face à des individus qui eurent été fort soulagés de ravaler le « Challat » au rang de fait divers. Au contraire, la réalisatrice met en forme un objet cinématographique d'une intelligence imparable et assez jouissive.

Nicolas Milesi

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Programmateur


Cinéma Jean Eustache Pessac
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