Le Mariage d'Alex

Un film de Jean-Marie Teno

Le Mariage d'Alex

Un film de Jean-Marie Teno

France, Cameroun - 2002 - 45 min

Chronique d'une après-midi particulière pendant laquelle la vie de trois personnes bascule. Alex, le mari va chercher sa seconde épouse pour la ramener chez lui. Elise son amour de jeunesse et première épouse l'accompagne comme l'exige la tradition. Et enfin Joséphine, la nouvelle épouse va quitter ses parents pour rejoindre son foyer. Soucieux de respecter les choix des uns et des autres, d'éviter tout regard accusateur, je me suis placé en témoin pour filmer cette cérémonie et en saisir le plus justement possible la réalité, les significations explicites et cachées. Une cérémonie sensée célébrer l'amour et marquer le début d'une vie qu'on espère heureuse, mais durant laquelle on ne cesse de parler de tolérance, de soumission et de respect dans une atmosphère de profonde tristesse.

Avec :
Peter Bonke et Jean-Yves Jouannais

Sorti le 04 juin 2003

À propos du Mariage d'Alex

Cela pourrait presque s'appeler « Les vacances du Cinéaste ». Jean-Marie Teno, cinéaste camerounais, est en vacances dans son village au pays, lorsque Alexandre son voisin lui demande de filmer son mariage. Jean-Marie Teno refuse car il est en vacances. Mais, le jour même de la cérémonie, Alexandre débarque chez Jean-Marie, lui demande de « l'honorer de sa présence » et bien entendu, d'apporter sa caméra. Jean-Marie Teno se trouve donc embarqué sur le champ dans cette histoire de film de famille, la famille d'à côté. Le ton est donné, et c'est ce qui fait le charme très particulier de ce film : nous nous retrouvons immergés dans l'intimité d'une famille camerounaise qui se laisse filmer sans autre intention que de rassembler des souvenirs.


_ Mais voilà, au fur et à mesure que se déroule la fête, Jean-Marie Teno prend la mesure de ce à quoi il est en train d'assister, un drame. Un drame universel qui parle d'amour, de répétition du malheur, de souffrance ; un drame africain qui raconte une tradition qui blesse (la polygamie) ; un drame qui le regarde lui, l'Africain installé en France, l'homme aux deux cultures. Illico il « retombe dans son sillon » et redevient cinéaste. Il tranche dans le réel, oriente son regard - d'emblée, il est du côté des femmes - et parvient à construire une véritable dramaturgie poignante et engagée qui lui ressemble.


_ En même temps que lui, nous découvrons que la jeune femme qu'Alexandre va chercher ce jour-là, est une seconde épouse. Elise, sa première épouse, belle et digne, est là ; elle doit assister à ce second mariage qui va briser sa vie. Durant toute cette fête maudite, la voix de Jean-Marie Teno nous guide, sobre, juste, à bonne distance. Doucement mais sûrement, le film s'envole bien au-dessus du petit village et de ses personnages, il se met à nous conter une tragédie humaine qui se termine sur une image terrible, celle pour moi d'un sacrifice humain : la photo d'Elise, grossie, bouffie, qui a pris 15 kilos en quelques mois depuis ce mariage.

Laurence Petit-Jouvet

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