Pas vu pas pris

Un film de Pierre Carles

Pas vu pas pris

Un film de Pierre Carles

France - 1998 - 90 min

LE MONTAGE EMPOISONNÉ. C'est l'histoire d'une sale histoire aux multiples rebondissements qui n'en finit pas de ne pas finir. Pierre Carles découvre un jour les images dont la teneur a déjà été révélée dans la presse et sur une radio d'un dialogue intercepté à leur insu entre François Léotard, alors ministre de la Défense, et Étienne Mougeotte, big boss adjoint de TF1, à quelques minutes d'un direct sur la chaîne Bouygues. Les deux amis papotent : on devine que Léotard vient de suggérer à Mougeotte de se présenter aux élections dans le Var. Mougeotte décline : « Je n'ai pas le temps ». Il en profite, au passage, pour se plaindre des avantages que réclament ses concurrents du service public. L'atmosphère est détendue, la conversation agréable, les propos apparemment anodins. C'est là que Pierre Carles intervient. Il réussit, grâce à un subterfuge (un sujet d'enquête passe-partout), à être reçu par les stars de la profession pour les filmer sur le thème de la liberté d'informer. En usant d'une vieille ficelle, la question naïve qui ne mange pas de pain : « Peut-on tout dire à la télé ? » Sourires ravis de ses hôtes, qui assurent que oui, naturellement. « Pas de sujets tabous ? - Non, vraiment non, aucun ! » Notre olibrius sort alors une petite valise-magnétoscope, et leur montre les images de la rencontre sus-décrite. « Et ça, on peut le passer ? » Stupeur, malaise, embarras. À voir les mines défaites de ses victimes, l'aimable conversation de bord de mer est explosive. Les professionnels de la profession voient que la connivence s'étale au grand jour. C'est leur hantise. Lorsqu'en 1995 Canal+ organise sa troisième journée de la télé sur le thème «La télé, le pouvoir, la morale », Pierre Carles propose, benoîtement, son petit film, Pas vu à la télé, où il a concocté un montage à sa façon des réactions de ses interlocuteurs. Philippe Dana, à qui échoit la responsabilité de cette opération, refuse ce « missile Exocet ».

Avec :
Bernard Benyamin , Jacques Chancel , Patrick de Carolis , François-Henri de Virieu , Michel Denisot , Alain Duhamel , Guillaume Durand , Michel Fiel , François Léotard , Patrick Poivre d'Arvor , Anne Sinclair et Charles Villeneuve

EN SALLE

Sorti le 18 novembre 1998

En salle

À propos de Pas vu pas pris

A l'origine, il y a une séquence piratée où, sur un bord de mer, on peut voir François Léotard (de dos) et Etienne Mougeotte s'entretenir en toute liberté. Les deux hommes ignorent qu'ils sont filmés, ils se tutoient dans une amicale complicité : Mougeotte fait énergiquement son travail de lobbyiste pour le compte de TF1 auprès du ministre qui l'écoute d'une oreille distraite.


Le Canard Enchaîné publia le décryptage de ce dialogue et cela provoqua un petit scandale : les âmes vertueuses de la presse s'indignèrent en chœur d'une collusion si manifeste entre un élu et l'un des patrons d'une grande chaîne de télévision. Ce pauvre secret de polichinelle ne fit pas long feu : l'indignation n'excède jamais plus de vingt-quatre heures...


_ C'est alors que Pierre Carles eut l'idée de soumettre cette séquence piratée aux différents responsables de l'information des chaînes publiques et privées en leur demandant s'il était concevable ou non de diffuser un tel document. Pas vu pas pris est le journal de son enquête...


_ La réaction la plus extraordinaire est celle de Bernard Benyamin qui, repoussant le moniteur vidéo regarde tout de même les images avant de se lancer dans une tirade outragée sur la déontologie journalistique, l'interdiction d'utiliser des images piratées, des caméras cachées... Pierre Carles, rendant coups pour coups, nous le montre alors dans le cadre d'Envoyé Spécial, se vantant d'employer tous les moyens qu'il vient de condamner avec tant de fermeté. Il y a, au musée d'Orsay à Paris, une série de têtes en terre cuite d'Honoré Daumier, représentant les parlementaires de son temps affublés de sobriquets comme « le fat », « le niais », « le sournois », « le gâteux », « le borné », etc... Sous quel nom Bernard Benyamin passera-t-il à la postérité ? Car Pierre Carles partage avec Daumier la même allégresse dans le trait, la même violence dans la charge, la même ironie vengeresse. Au propre, comme au figuré, Pierre Carles se paye la tête de Charles Villeneuve, Bernard Benyamin, Jacques Chancel, Alain de Greef, Karl Zéro et quelques autres terres cuites. Et c'est un plaisir sans cesse renouvelé d'assister à la découverte des images interdites. Une découverte qui apparaît soudain d'une obscénité inouïe : la vérité toute nue sortant du puits.

Gérard Mordillat

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