Pour rire !

Un film de Lucas Belvaux

Pour rire !

Un film de Lucas Belvaux

France - 1996 - 100 min

Nicolas vit avec Alice et prend soin de Juliette. Alice vit avec Nicolas et fait l'amour avec Gaspard. Lequel attend qu'Alice quitte Nicolas. Juliette sert d'alibi à Alice, se fait manipuler par Nicolas, prend un café avec Gaspard et aime Michel. Lequel exagère et quitte Juliette pour Romance. Laquelle fait joli dans le paysage. Paris prête ses rues où ils se croisent, se poursuivent, se rencontrent, se cherchent, se quittent, se retrouvent.

Avec :
Jean-Pierre Léaud et Ornella Mutti

Sorti le 08 janvier 1997

À propos de Pour rire !

Plaisir, c'est le mot qui vient à l'esprit. D'abord le plaisir que nous donnent les acteurs, plaisir sans lequel il n'y a pas de comédie. Léaud, sous le regard de Lucas, je n'ai pas peur du mot, est génial. Génial car il nous surprend à chaque plan, plus exactement on se demande comment il va finir la séquence, toujours à la limite de la rupture, il invente à chaque instant ce qui semble permettre le plan suivant. Le jeu de Léaud ne prêche pas dans le désert, tous sont justes dans cette comédie qui n'est pas que pour rire. La subtile mécanique du scénario nous mène dans l'émotion parfois désespérée du refus de la solitude. Les quatre êtres se croisent et se détournent l'un de l'autre, pour finalement ne pas supporter se regarder partir, vanité parfois de l'amour. Quatre plus un, les cinq mousquetaires, tant il y a de la jubilation à voir ce film ! Le cinquième, qui fait le choix de la solitude, jusqu'à la rencontre de l'être aimé (Ornella Muti, la femme de Léaud) est le metteur en scène de son propre échec, comme si trop d'absence dans le territoire amoureux le rendait incapable de mener la ronde. La force de Lucas, c'est à travers une mise en scène d'une grande fluidité et élégance, de nous promener dans l'intimité de ses personnages, intimité où la méchanceté est toujours absente. La preuve est faite que l'on peut faire un film où le couple amour-jalousie soit présent, sans faire appel à la haine. Alors pour la joie de chaque plan, le plaisir des acteurs, et pour rire de soi, on a envie de revoir le film de Lucas. 

Jean-Henri Roger

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

Jamais trop d'ACID

En mars 1993, sortait "Parfois trop d'amour", le premier film à bénéficier du soutien de l'ACID dés avant sa sortie.

À l'époque, l'agence était en mission de préfiguration, Jean-Pierre Thorn en était le président et l'affaire "Border Line" encore dans toutes les têtes, les fondateurs se réunissaient à la S.R.F., rue du faubourg Saint Honoré et chacun se demandait comment rallier à la cause de l'ACID ceux que tous considéraient comme des alliés potentiels, voire naturels mais dont la plupart se demandaient encore où cette bande de réalisateurs voulait en venir.

Quand j'ai rencontré les fondateurs de l'ACID, je traînais mon film depuis plus d'un an sans grand espoir de le voir sortir un jour, persuadé qu'il n'intéressait personne, que je l'avais raté et que mon expérience de réalisateur s'arrêterait là, ce sont les réalisateurs de l'Agence qui m'ont fait prendre conscience que mon film était digne de plus d'intérêt. 

Ce jour là, l'ACID s'est révélé euphorisant.

Le travail a été fait, aussi bien qu'il pouvait l'être, et le film est sorti, ce qui ne serait jamais arrivé sans l'ACID, il a donc été montré et vu, à Paris et en province, ce qui était le premier objectif de l'agence: sortir différemment des films différents. La tournée des débats a commencé, courte en ce qui me concerne, mais assez longue pour rencontrer des spectateurs un peu partout, parler avec eux et apprendre car j'ai sans doute appris plus dans les discussions autour du film qu'en faisant le film lui-même, je pouvais évaluer précisément comment chaque séquence était lue, perçue, si ce que j'avais voulu raconter était entendu ou pas. 

L'ACID révélait aussi des vertus pédagogiques.

Depuis, l'Agence s'est développée, elle a fédéré autour d'elle des énergies de tous les maillons de la chaîne cinématographique, et malgré les accrocs, les coups de mou, les espoirs déçus et les difficultés à vivre, elle a permis que le cinéma indépendant existe un peu plus et un peu mieux dans le paysage, là, surtout où il était le plus menacé, où il avait parfois disparu, dans les villes petites ou moyennes, à la campagne.

Je ne sais combien de films sont sortis en salles, ont rencontré des publics qu'ils n'auraient jamais connus sans l'Agence, mais je sais qu'un lien s'est recréé entre des cinéastes, des programmateurs et des spectateurs. On sait maintenant dans le marais poitevin que Robert Guédigian ou Malik Chibane existent, qu'ils font des films importants et qu'on pourra les voir et en parler à Melles ou à Saint-Pierre d'Oléron.

C'est grâce à toutes ces énergies, à tous ces films, à toutes ces rencontres, à tous les espoirs levés par l'ACID que j'ai pu faire un nouveau film, qu'il ait pu être produit par un producteur indépendant, distribué par un indépendant et qu'il sorte dans des salles indépendantes. L'histoire de "Pour Rire !" est intimement liée à celle de l'ACID et je crois que sans l'agence, ce film n'existerait pas. 

Aujourd'hui, l'ACID est à un tournant de son existence, son statut, probablement, va changer mais quel qu'il soit, il faudra garder vivants les liens créés, continuer à travailler sur la base du plaisir de voir des films, de la joie de les montrer à d'autres et de l'intérêt d'en parler avec des spectateurs. 

L'ACID n'a jamais été un outil comme un autre, née du désir et de la lutte, elle est devenue plus qu'une agence de diffusion, elle est une entité vivante, avec une personnalité propre, qu'on aime plus ou moins selon les périodes mais qui existe et qu'en aucun cas on ne peut laisser disparaître car elle est devenue indispensable et irremplaçable par le savoir-faire accumulé et les liens tissés entre tous les acteurs du cinéma indépendant.  



le 2 décembre 1996

Lucas Belvaux

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Cinéaste


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