Poursuite

Un film de Marina Déak

Poursuite

Un film de Marina Déak

France - 2010 - 90 min

Audrey a quitté Eric. Reste leur fils de sept ans, Mathieu : Audrey le met chez sa mère, « en attendant ». Mais en attendant quoi ? De trouver un logement, un emploi, un compagnon stable ? Tout le monde voudrait savoir quoi faire de la jeune femme, bonne ou mauvaise mère, amante désirable ou «{ex}» qu’on ne veut plus voir, et elle, elle veut seulement se sentir vivante.

Avec :
Marina Déak , Aurélien Recoing , Renaud Dehesdin , Yann Guillemot , Paul Cahen et Agnès Chateau

Sorti le 09 mars 2011

À propos de Poursuite

Poursuite de Marina Déak est un film sur la résistance, résistance d'une femme qui refuse d'être à l'image de ce que la société attend d'elle, c'est-à-dire un bon petit soldat qui se sacrifie sur l'autel des enfants et de la famille. Et cette capacité d'indignation délicieusement provocatrice nous secoue à une période où il est de bon ton d'être dans le compromis. L'auteur-acteur, personnage principal, s'observe sans complaisance. Elle veut, elle désire, elle ne veut plus, elle ne désire plus, elle se traîne, elle rit mais elle s'entend rire. On aime son courage, sa rugosité, ses tiraillements à fleur de peau, ses non-choix parce que derrière tout cela il y a la pression de la cité, le flot des larmes retenues pour ne pas craquer et continuer la poursuite, poursuite au risque de se brûler. La caméra légère suit les mouvements de la vie sans s'épancher, le jeu acéré des comédiens, la précision et la férocité latente des dialogues nous donnent le vertige… Vertige de l'illusion… Vertige de l'amour… Vertige de toutes ces batailles menées par les femmes… Oui, Poursuite est un film pudique qui affronte la réalité avec une rare pugnacité et dont on ne sort pas indemne.

Béatrice Champanier

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Cinéaste


Joël Brisse

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos de Poursuite

Il y a des films où on se perd, d'autres où on se retrouve. On ne préfère pas les uns aux autres. On trouve juste trop rares les films qui permettent les deux.

Si Poursuite ne se laisse pas facilement identifier (force esthétique, faiblesse économique), c'est parce qu'il n'est ni tout à fait familier ni tout à fait étrange. Il mêle le déjà-vu –dans la vie - et le jamais vu.

Familier parce que familial. La famille, c'est toujours un peu chez nous, spectateurs d'un cinéma français dont Poursuite épouse la veine autobiographique dans le style radical d'un Garrel ou d'un Pialat. Marina Déak dans le rôle d'une mère qu'elle connaît sans doute bien. Son fils dans le rôle de son fils. Séparation, tension, désamour. Le récit commence après la rupture bien sûr. En tout cela il reconduit ce que nous faisons de mieux ici. En tout cela il ressemble et se rassemble autour d'un foyer français.

Or dans la même seconde il dissemble, se distingue, se sépare. Quitte la maison. Diffère d'avec lui-même, d'avec ce qu'il semblait avoir installé. Une femme avec un fils sur les bras, oui, mais qui finalement confiera ne pas être mécontente de le laisser à sa mère la plupart du temps. Le cinéma de la cruauté, c'est quand on dénude tout et qu'il apparaît que sans être cruels les gens se font du mal, s'encombrent les uns les autres. 

À qui confie-t-elle que son enfant l'encombre ? À la caméra, à nous, et à la suite de deux femmes qui, assises à cette place, ont également parlé de l'après-divorce. Marina Déak s'annonçait auto-fictionnelle, auto-centrée, la voilà qui s'objective dans un dispositif d'interview, se fond dans une ébauche de communauté des mamans contemporaines. La psychologie se mâtine de sociologie. Elles se mélangent, se complètent et s'annulent, inventent un tierce registre.

Il y a des films sociaux et des films d'amour. On ne préfère pas les uns les autres. On trouve juste trop rares le mélange des deux. Leur intrication. Pourquoi les films séparent ce que la vie entremêle confusément ? Ici le dialogue amoureux prend parfois la tournure d'une délibération sur l'appartement à acheter. On ne sait plus bien ce qui, des questions de logement ou les questions sentimentales, tient lieu de cause et d'effet. 

Dans Poursuite on ne sait jamais bien. Chaque scène esquive l'étiquette que, reconnaissant des choses, on incline d'abord à lui coller. Attention cette scène de cul est en fait une scène de drame – ou inversement. Cette scène de bain est une scène de rapt d'enfant. La caméra, flottante, se garde bien de donner la clé. L'essentiel ne s'affiche pas au centre du plan. Il y passe, le traverse, l'assombrit furtivement comme le passage d'un nuage sur un visage. Parfois des gestes sont à peine perceptibles, parfois des phrases murmurées à l'écart de la perche, et pas n'importe lesquelles se dit-on si d'aventure on les a perçues. La mère soufflant à son gendre qu'elle le préférait au nouveau compagnon de sa fille. Rien que ça.

La famille encore. C'est la base arrière de poursuite. Mais une base détruite d'où on peut lancer n'importe quelle scène. Poursuite n'est tenu à rien. On dirait film libre si ce n'était un peu creux. Il se permet tout. Il se permet des travellings sur la rue et les gens, déconnectés du récit, et pour montrer sans doute que celui-ci engage tout le monde. Il se permet une séquence à la piscine dont, littéralement, on ne sait pas ce qu'elle vient faire là. Assez onirique pour casser la routine du réel, assez réelle pour ne pas sombrer dans le confort onirique. Poursuite est un film inconfortable, c'est pour ça que j'y suis si bien.

Francois Begaudeau

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auteur/réalisateur


Article

À propos de Poursuite

La vie d'Audrey ? Banale à souhait, actuelle au possible !

Mère célibataire, son petit Mathieu à ses bottes, elle se dépatouille dans la multiplicité des ordinaires pénibilités.

Long, le trajet en métro, au milieu de tronches usées et fatiguées. Galère, le siège auto à fixer correctement. Fastidieux, l'emploi du temps d'un parent isolé sans fric et au chômage. Sans compter les mecs, tout à tour dépressifs, concupiscents, manipulateurs, tous troublés par son charme agaçant.

Plus chiante la vie, en somme, dans ses interstices, dans ses modestes choses qui la composent. Eventuellement, si le temps le permet, on en cherchera d'autres, choses, slalomant entre tromperie et duperie. Poursuite... Clope, portable, et sexe en alliés de circonstances. Marina Déak, n'est pas raisonnable. Elle ne peut ignorer que les sirènes dominantes jugeront illusoire l'attachement à son cas d'un hypothétique « grand public », supposé en attente exclusive de douaniers bourrus au grand cœur. Elle ne peut ignorer les quelques postures cinéphiles (les pires) qui, toutes à leur fierté, penseront déceler, avant même la rencontre, l'énième conjugaison d'un « boboisme » nombriliste et vain... C'est bien du contraire qu'il s'agit, puisque son « JE », c'est « NOUS » !

Marina Déak laissant ces discours passer leurs chemins tout tracés, prend son temps et son époque. De séquence en séquence, elle cultive son imperfection. Et nous bouleverse. Pour peu qu'on accepte le rendez-vous. Son film se mérite. Son film nous mérite.

Mathieu Labrouche

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Programmateur


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