Ronde de nuit

Un film de Edgardo Cozrinsky

Ronde de nuit

Un film de Edgardo Cozrinsky

Argentine, France - 2005 - 82 min

Buenos Aires, la nuit. Victor, à peine sorti de l'adolescence, déambule dans les rues de son quartier. Protégé par un inspecteur de police, il partage son temps entre racolage, drague dans les saunas de luxe et soirées privées. Suite à sa rencontre avec une mystérieuse jeune femme aux étranges pouvoirs, l'errance nocturne et sensuelle de Victor prend une tournure inattendue. Commence alors une descente dans les profondeurs de la peur la plus irrationnelle : celle de la pulsion meurtrière de l'amour. Pour ses retrouvailles avec Buenos Aires, Edgardo Cozarinsky signe un film onirique où il rend un hommage bouleversant à sa ville déchue, livrée à la misère et à l'injustice

Avec :
Rafael Ferro , Dario Trippichio , Greg Dayton et Román Chlaposky

Sorti le 15 février 2006

À propos de Ronde de nuit

J'ai immédiatement aimé la manière simple, dépouillée avec laquelle Edgardo Cozarinsky nous attirait dans son film ! Ronde de nuit est une fascinante confrontation entre Victor, jeune prostitué et la ville de Buenos-Aires. A travers le regard de Victor, le réalisateur nous dévoile sans misérabilisme, cette ville, belle, fascinante mais aussi féroce. De la même façon qu'il le ferait avec un être humain, il la filme avec liberté, sensualité, majesté (l'ascenseur extérieur nous offre une vision magnifiée où l'on entend même plus les bruits). Rarement l'empathie entre une ville et un personnage n'a été aussi bien montrée. Au cours de son errance nocturne, Victor la contemple, la défie mais c'est surtout à lui-même qu'il se mesure et l'on se demande qui dévorera l'autre. Victor est ambivalent à l'image de Buenos-Aires, entre innocence et rouerie. Lorsqu'il se prostitue et qu'il séduit les hommes, il le fait aussi naturellement que lorsqu'il joue sous la douche avec son copain, comme un gosse. Il n'y a pas de place pour la culpabilité, il vit et se conduit avec une inconscience déconcertante… Tout semble possible et en même temps illusoire !… Sa rencontre amoureuse avec un ancien ami, devenu chauffeur de taxi… La jeune femme aimée qui évoque un passé douloureux… La mort qui rôde, à l'image de ces personnes réelles ou fantasmées qui se font écraser par des voitures. Enfin à travers l'aspect métaphorique de cette nuit, le réalisateur nous livre un constat sans concession et désenchanté sur la classe politique et les dérèglements de la société argentine. Au petit matin, Victor n'est plus l'enfant de la nuit à qui le monde appartient, qui peut tout faire, mais un jeune prostitué au sourire désabusé qui a joué avec sa vie sans se brûler les ailes mais jusqu'à quand ? 

Béatrice Champanier

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