Très bien merci

Un film de Emmanuelle Cuau

Très bien merci

Un film de Emmanuelle Cuau

France - 2007 - 102 min

Alex, comptable, et Béatrice, chauffeur de taxi, forment un couple sans histoire. Mais un soir, Alex se mêle au travail de la police lors d'un contrôle d'identité. Un engrenage implacable et absurde se met alors en marche : il se retrouve au poste, au chômage, et clinique psychiatrique. Sauf que les fous, ici, ne sont pas ceux qu'on croit...

Avec :
Sandrine Kiberlain , Gilbert Medki et Olivier Cruveiller

Sorti le 25 avril 2007

À propos de Très bien merci

Au petit matin, Alex embrasse sa femme, Béatrice, encore endormie après sa nuit de travail. Il lui glisse à l'oreille : « bon courage pour ta journée ma chérie ». C'est dans la vie d'un couple sans histoire que semble nous emmener Emmanuelle Cuau en ouverture du film. Il est comptable dans une grande entreprise, elle est chauffeur de taxi. Mais aujourd'hui, dans une vie qu'on souhaite ordinaire, il n'est pas si facile de rester sans histoire.

La jeune réalisatrice nous fait pénétrer dans un monde kafkaïen - sarkokafkaïen diront les mauvaises langues - où imperceptiblement tout glisse. Un « monde moderne » sous surveillance, avec son métro, ses quartiers d'affaires aux façades glacés. Le calme des halls, les escaliers aux lignes parfaites, les murs sans taches et sans âme, comme le silence brisé par le claquement d'un pas sur le marbre d'un couloir rappellent Play-Time, avec en bonus des centres psychiatriques où l'on contient et « sédatise » tous les non normés condamnés à tourner en rond.

Aucune scène de loisir, de sexe ou de simple désir. Face à Béatrice qui se débat pour préserver le couple, survivre, il n'y a que du vide : un commissaire inexistant, un rapport médical impossible à voir, la langue de bois d'un médecin… Par une espèce de fausse ingénuité dans le regard, la tonalité de ses réparties, Sandrine Kiberlain est excellente.

Plus on avance dans les glissements, plus le film s'affine et plus le spectateur reconnaît notre monde dans son incohérence, avec à chaque coin de rue un détraqué qui interpelle. A distance dans notre fauteuil, ce quotidien devient étonnamment hilarant. Il peut aussi nous donner des sueurs froides, si l'on songe au gouffre qui est déjà là.

« Ecrire, c'est sauter en dehors du rang des assassins. » disait Franz Kafka. Une proposition qu'Emmanuelle Cuau a pu prendre au sérieux et qui nous est offerte pour vivre debout peut-être ?

Luc Decaster

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Cinéaste


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À propos de Très bien merci

Il y a le corps d'un homme qui se penche sur celui d'une femme encore endormie pour lui souhaiter une bonne journée. L'homme est son mari. Le corps de cette femme ne sera plus jamais allongé. Corps-debout, qui avance au fil du rasoir, comme sur ces chemins de crête en montagne, où chaque pas requiert une immense tension, car le moindre regard pourrait faire basculer de l'autre côté du précipice Corps-assis qui ne connaît aucun répit, taxi-driver occupée de manœuvrer une machine, qui curieusement donne l'impression d'avancer nulle part, de faire du sur-place, dans un périmètre de quartier, toujours le même, Corps-tendu de Sandrine Kimberlain, presque maigre, comme si la moindre rondeur pouvait émettre un signe de faiblesse- une faille où irait s'engouffrer le stress chacun de ses passagers. Sa fonction fait d'elle une cible possible – le passager revendiquant sa position de client – et comme toute cible, peut être atteinte en plein cœur. Kiberlain ne peut pas, ne veut pas. L'implosion a commencé, dans la tête de son mari, Gilbert Melki Pour avoir regardé ce qui ne le regarde pas. Pour avoir persisté dans ce regard… Le comptable est passé de l'autre côté du miroir. Jusqu'où ne va-t'elle pas pour tenir – retenir… Figure de la droiture et de la froidure. Un seul regard sur son mari qui ne la voit pas le regardant. Une inversion s'est opérée… Le fou avait tout faux. Le faux seul fait l'affaire.


_ Taxi-driver où Robert de Niro devait tuer pour conquérir la blonde qu'il convoitait, nous paraît presque léger, de l'entertainment, aujourd'hui tant le film d'Emmanuelle Cuau, Très Bien Merci ne nous lâche pas une seconde, nous spectateur, avec ses petites phrases du genre, “chacun a ses emmerdes” ou “paumée pour paumée” dont le choc tombe plus sourd qu'un direct de De Niro.

Christine Delorme

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