Walk the Walk

Un film de Robert Kramer

Walk the Walk

Un film de Robert Kramer

France, Suisse - 1996 - 115 min

J'en fus le témoin. Raye quitta le foyer familial. Pourquoi ? Pour voir ce qui l'attendait au dehors. L'Europe ! Peu importe où elle alla, la Côte méditerranéenne, Strasbourg, Zurich, Berlin, elle est jeune. Puis son père, Abel, partit. Peut-être qu'il voulait que quelque chose d'autre lui arrivât. Il commença à se passer des choses sur le bateau, mais c'est à Odessa que tout commença vraiment. Ainsi Nellie resta seule. Peut-être qu'elle n'aurait pas pu le dire, mais c'est ce dont elle avait besoin. Je veux dire, de rester seule avec elle-même. C'est pourquoi elle laissa partir Raye et Abel. Ainsi, sans se déplacer, avec tout autour d'elle en mouvement rapide, dans le microscope aussi, son travail, Nellie eût son propre voyage à faire. Cette manière de voyager fut celle de chacune de nous. Je le sais, j'y étais.

Avec :
Jacques Martial , Laure Duthilleul , Betsabée Haas , Eliane Boisgard , Jacqueline Bronner et Aline Pailler

Sorti le 20 novembre 1996

À propos de Walk the Walk

Derrière le microscope


Quand on « habite » un lieu, la reconnaissance n'appartient pas au plan d'ensemble mais à une vision particulière, à une découverte, qu'appelle un regard, celui de la mémoire. Walk the Walk s'ouvre sur les décors de Guns, le premier film que Kramer a tourné en Europe, à Marseille. Visions rapprochées, presque secrètes qui renvoient aux visages et aux corps des protagonistes du film. Les paysages appellent des corps comme des cellules, vues à travers l'optique du microscope, appellent l'oeil qui les regarde. Celui de la femme qui voit sa fille, puis son compagnon, chacun partir dans une direction comme les paramécies se divisent. Seul l'oeil qui regarde semble immobile. Quand on est une adolescente la question n'est pas où on va mais l'absolue nécessité du départ. Quand Raye se déplace dans l'Europe des nantis de Strasbourg à Zürich et Berlin, ce n'est pas la différence des lieux qui fait géographie, mais l'unicité de ce monde. L'adolescence fait ce voyage avec la seule question possible : « Y a-t-il une place pour moi dans ce monde ? ». La perspective intime des escaliers de la gare de Marseille induit le départ de l'homme vers d'autres escaliers, ceux d'Odessa. Voyage embarqué sur un porte-container qui illustre cette phrase de Conrad : « Pour les marins, seuls l'appareillage et l'atterrissage comptent. » Des escaliers où les landaus ne sont plus la mémoire de l'injustice et la révolte. Odessa, misérable, mais non pas comme une gueule de bois des matins qui déchantent. Misère moderne comme le marché des junkies à Zürich mais qu'ici s'appellerait Tchernobyl. La plaque de verre du microscope : ni on y voit à travers, ni on y voit son reflet. Ceci me fait penser à une couche photosensible. Le film de Kramer est un film photosensible. C'est pour cela, qu'en observant une lame sur le visage de celle qui regarde, on peut y voir l'état du monde. 

Jean-Henri Roger

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