Jeremy
Breta
Pour son premier long-métrage, Camila Beltrán construit un récit d'initiation nimbé de fantastique. Elle en assume les nombreuses références, qu'elles soient anciennes – Carrie, le bal du diable – ou récentes – Tiger Stripes. Elle trouve cependant sa singularité dans son enracinement dans la société colombienne : son folklore, son imaginaire, ses croyances et le poids qu'y exerce encore aujourd'hui la religion. Elle ose aussi des parti-pris formels proches du cinéma expérimental : Mi Bestia est ainsi majoritairement tourné dans une cadence plus « lente » qu'habituellement (8, 12 ou 16 images par seconde plutôt que 24), procédé original qui renforce l'étrangeté de son atmosphère.
Dans une Bogotá partagée entre son urbanité saturée d'écrans de télévision et la forêt sauvage encore présente au cœur de la ville, Mila découvre tout à la fois sa féminité, la force de la sororité et la prédation masculine. En s'inspirant de ses propres souvenirs, Camila Beltrán nous dévoile une Colombie métissée, organique, magique, peu montrée au cinéma. À travers les yeux de sa jeune héroïne, superbement incarnée par une comédienne non professionnelle, elle nous offre un conte qui cache sous sa noirceur et son mystère un paysage inédit, empli d'espoir pour les femmes comme pour la jeunesse.
Publié le lundi 30 novembre -1