A propos de A BREAD FACTORY (part 1 & 2)

Clément
Schneider

Cinéaste

À toute communauté il faut, pour exister pleinement, une scène. Un espace de représentation où la fiction puisse prendre le relais de la réalité et y résoudre les conflits les plus archaïques ou les plus fondamentaux qui agitent la Cité. Les Grecs l'avaient bien compris, qui inventèrent le théâtre, lieu par excellence de réunion de la communauté, espace de rencontre entre esthétique et politique. Et c'est à cette rencontre que nous convie à son tour Patrick Wang dans A Bread Factory, dont le personnage principal est précisément le lieu qui donne au film son titre, soit un centre culturel à qui la municipalité menace de retirer sa subvention vitale. Le film orchestre ainsi l'affrontement de deux visions du monde : technocratie vs démocratie. Mais il le fait sans recourir au spectaculaire, préférant s'attarder avec attention sur chaque membre de cette communauté. Patrick Wang travaille son film comme un diamantaire, facette après facette, scène après scène, avec une grande et belle précision dans la construction de chaque plan, jusqu'à obtenir l'éclat sans pareil de l'ensemble. Si sa mise en scène convoque tout à la fois le soap-opera et une fantaisiste artificialité à la Wes Anderson, c'est pour mieux faire ressortir la vérité et parfois la cruauté des situations et des relations entre les personnages. Avec au bout une victoire, celle de la sensibilité, de l'intelligence, de l'art comme résistance collective aux tentations individualistes, marchandes, superficielles et délétères. Dans l'Amérique de Trump – et notre vieille Europe aux démocraties malmenées – cette chronique sensible et politique d'un bien commun affirme sa brûlante nécessité ; comment comprendre autrement la référence à Hécube d'Euripide qui préfère mourir libre que vivre esclave ? A Bread Factory ou la dignité retrouvée des États-Unis, sauvée par un cinéaste, au sens fort du mot, politique.


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All communities, to be fully realized, must have a stage. A representative space where fiction can take the reins from reality and resolve the most ancient and fundamental conflicts that shake the City. The Greeks understood this well, they invented theater—that ultimate communal space, meeting place between aesthetics and politics. And it is to this meeting that Patrick Wang invites us in A Bread Factory, whose main character is the very place that gives the film its title, a cultural center from which the city threatens to withdraw vital funds. The film orchestrates the confrontation of two visions of the world: technocracy vs. democracy. But it does so without resorting to the sensational, preferring instead to pay close attention to each member of this community. Patrick Wang works his film as a diamond, facet after facet, scene after scene, with a grand and beautiful precision in the construction of each shot, until obtaining the unparalleled brilliance of the whole. If his staging calls simultaneously for soap opera and whimsical artifice in the style of Wes Anderson, it is to better elicit the truth, and sometimes the cruelty, of the situations and relationships between characters. There's a victory in the end that belongs to sensibility, to intelligence, to art as collective resistance to individualistic, commercial temptations, superficial and harmful. In Trump's America—and our old Europe with its battered democracies—there is a burning need for such a sensitive and political chronicle; how else to understand the reference to Euripides' Hecuba, who prefers to die free rather than live a slave? A Bread Factory, that is, the restoration of dignity to the United States, saved by a filmmaker who is, in the strongest sense of the word, political.

Clément Schneider

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Cinéaste

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Administrateur


Publié le mercredi 26 septembre 2018
Mis à jour le jeudi 15 novembre 2018

Paroles de cinéastes

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