Arlène
Groffe
Programmatrice du Ciné 104 à Pantin
DIRECT ACTION est un film-monde. Composé d'une myriade de petits univers, posés à côté les uns des autres. Ces univers sont les plans séquences qui composent le film, qui recomposent sous nos yeux des manières de faire, de penser, d'agir.
Et ce temps long rentre en résonnance avec le nôtre, à nous spectateur.rices. Et puis, nous, dans la salle de cinéma, face à ces blocs de temps, on se dit que ces moments viennent du futur, ou qu'ils sont de la science-fiction. Parce que ces plans séquences que Ben Russell et Guillaume Cailleau nous offrent, ils les ont capturés sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, dans une zone autonome et ils nous racontent une utopie en actes, en actions. Faire du pain, couper du bois, réparer une tronçonneuse, mener les animaux au pré, construire une maison, vivre ensemble, résister à l'oppression, s'organiser collectivement, jouer aux échecs, planter des graines, labourer le champ avec son cheval, apprendre l'autodéfense.
DIRECT ACTION, c'est des fragments d'après la révolution. Par sa matérialité même, le film tourné en pellicule, rejoint l'artisanat qui se déploie dans la ZAD. Le geste de faire ce film rejoint ceux qui s'inventent là-bas, et cette rencontre est belle. C'est un film majestueux, porteur et témoin d'un immense espoir, qui nous montre un monde d'après la lutte, victorieuse, contre le projet écocide d'aéroport. Un cinéma d'action, comme une preuve
que ce monde autonome est viable, habitable, désirable.
Publié le vendredi 25 octobre 2024