Dans la nuit noire, des hommes pêchent, espérant encore l'arrivée tardive de saumons qui ne viendront plus. La maladie est partout, chez les hommes et les animaux, sur terre et dans les eaux. Pour contrer la malédiction, Al Moon décide de remonter le temps et d'affronter les traumatismes qui le hantent. Happés par ses chuchotements, et guidés par celles qui nous ont mené à lui, nous plongeons alors à ses côtés dans les replis de son âme, dans la béance des plaies collectives, dans les tréfonds marins, où carcasses et faux-semblants se décomposent.
Grâce à la délicate relation tissée par les réalisatrices avec leur protagoniste et la finesse de leur regard, se mêlent subtilement récit intime, histoire politique et sociale, et puissance des paysages. À travers la quête d'Al Moon, se racontent l'Amérique contemporaine, ses cauchemars et ses fantômes, les destructions et disparitions à l'oeuvre ; et ce faisant, nous rappelle tant la beauté des éléments naturels que la force des rencontres et du partage. L'onirisme de la voix-off et l'intensité symphonique de la proposition sonore insufflent au film mystère et poésie, et posent les jalons d'une réflexion philosophique sur la violence et ses multiples formes, sur la morale, sur le sentiment d'appartenance, à une communauté, à un État, à l'humanité. Par son cheminement physique et psychique, Al Moon devient figure de résistance, bouleversante et éclairante face aux ravages du passé et aux désastres à venir. Et qui de la nuit noire, nous emmène vers de superbes crépuscules, et de possibles recommencements.
Publié le lundi 07 septembre 2026