À PROPOS DE STILL RECORDING

Emmanuel
Vigne

programmateur

Il n'est nullement anodin que Still Recording s'ouvre par une leçon de cinéma. De l'analyse filmique émerge cette saillie lapidaire : face aux plans millimétrés du blockbuster projeté, ce simple syntagme – intermédiaire entre l'image et le réel – deviendra le conducteur d'un film extra-ordinaire, « Pouvons-nous filmer comme ça ? Bien sûr que non. On est trop occupés par ce qui se passe ». Avec ses 450 heures d'images filmées durant cinq années au cœur de l'un des conflits les plus dramatiques de ce début de millénaire, tout concourt dans Still Recording à résoudre le paradigme de l'image en mouvement, depuis ses origines : dans l'espace, dans le temps, dans la représentation du réel, enfin dans le mouvement. Filmer l'urgence ou l'urgence de filmer ? Qu'elles sont rares, aujourd'hui, ces œuvres qui dénouent cet engagement. Une phrase résonne alors, prononcée par l'un des rares personnages féminins : « Tout le monde devrait vivre un tel chaos ». De rajouter : tout cinéaste devrait vivre un tel chaos ! Et filmer, rester ce sport de combat, à l'instar de cet homme sprintant au milieu des ruines. Car le geste des réalisateurs dépasse ici largement la question d'une réalité absente de la logorrhée idéologique des mass médias occidentaux : pendant qu'un dictateur fait couler en continu le sang d'un peuple, la vie, tel l'eau, trouve son chemin, se faufile entre les décombres. La cavité en question, c'est le cadre de l'image. Celle qui se fixe comme un tatouage sur l'épaule de la jeunesse syrienne. Alors que la rhétorique cinématographique n'est devenue majoritairement qu'une vaste tautologie d'un Monde claudiquant, la mise au point dont s'amusent les cinéastes, lors d'une séquence du film, est celle-là même d'un art qui, ailleurs, a fini par perdre sens, comme l'on perd pied. C'est dire comme en tous points, Still Recording orchestre magistralement la convergence des regards – et de leur sens –, sur la lutte, sur l'Histoire, sur les corps, sur la guerre et la mort, sur l'Art. Une interrogation s'est emparée de l'un des cinéastes : « Quel est le public de mes images ? ». Qu'il se rassure : indéniablement, tout être humain encore vivant sur Terre.

Emmanuel Vigne

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programmateur


Le Méliès

Publié le mercredi 06 mars 2019
Mis à jour le mercredi 06 mars 2019

Paroles de programmateurs

Still Recording

Un film de Saeed Al Batal

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