Still Recording

Un film de Saeed Al Batal et Ghiath Ayoub

Still Recording

Un film de Saeed Al Batal et Ghiath Ayoub

Syrie, France, Allemagne - 2018 - 128 min

En 2011, Saeed la vingtaine, étudiant ingénieur, quitte Damas pour Douma (Ghouta orientale) et participer à la révolution syrienne. Il sera rejoint plus tard par son ami Milad, peintre et sculpteur, alors étudiant aux beaux-arts de Damas.
Dans Douma libérée par les rebelles, l’enthousiasme révolutionnaire gagne la jeunesse, puis c’est la guerre et le siège.
Pendant plus de quatre ans, Saeed et Milad filment un quotidien rythmé par les bombardements, les enfants qui poussent dans les ruines qu’on graffe, les rires, un sniper qui pense à sa maman, la musique, la mort, la folie, la jeunesse, la débrouille, la vie.
Radiographie d’un territoire insoumis, un regard d’une densité exceptionnelle sur la guerre dans un mouvement de cinéma et d’humanité saisissant.

EN SALLE

Sorti le 27 mars 2019

En salle

A propos de Still Recording

Still Recording est traversé par la conviction folle mais magnifique que l'art peut recréer les liens que la guerre fait voler en éclats. 

Armés de caméras, ces étudiants ont quitté dès les premiers jours de la révolution leur univers protégé de Damas, sous contrôle du régime, pour rejoindre Douma, dans la banlieue proche. Pendant quatre ans ils établissent, dans cet univers libéré et utopique, qui va être ébranlé par les combats puis par un siège interminable, un réseau de filmeurs qui font corps avec les habitants meurtris, avec les combattants qui résistent. 450 heures d'images émergeront. Dans ce dispositif dont ils sont les acteurs volontaires, ils n'affrontent pas simplement la mort par solidarité avec une population modeste. Ils posent l'acte de documenter la guerre comme une façon d'en briser l'absurdité.

Pour nous, spectateurs, ce sont des images que l'on voit rarement de la guerre en Syrie. Leurs caméras pudiques conversent avec tous ceux qui traversent leurs plans et reconstituent, derrière les figures de la guerre, la réalité des êtres : un combattant sur le front qui appelle sa mère pour la rassurer, cet autre qui parle avec un soldat d'Assad par téléphone satellite pour comprendre son point de vue ou cet homme qui s'acharne à faire du sport malgré la désolation. La dignité de leur cinéma est une victoire arrachée à l'horreur.  

Comme pour affirmer leurs croyances dans le partage et les pluralités de cultures face à un monde dévasté par l'intolérance, ils assument, souvent avec humour, les différences qui auraient pu les tenir séparés des gens auprès desquels ils luttent. Ainsi ils s'amusent du « gâchis » en regardant des rebelles détruire de l'arak dont ils se régalent, filment leurs fêtes où garçons et filles, défoncés et dénudés, exorcisent leurs douleurs, et témoignent d'un quotidien aussi fait de rires et de vitalité.

Loin d'une naïveté désespérée, leur entreprise met en branle une foule d'interrogations. A cette question finale : « Pourquoi tu filmes ? », posée à brûle-pourpoint à l'un des cameramen par un jeune guerrier, le film répond par une cruelle évidence : pour conjurer la mort et faire que la vie puisse continuer à jaillir, même si ce n'est que d'une image.

Marie-Pierre Brêtas

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

5 cinéastes ACID sélectionnés au Cinéma du Rée

Cinq cinéastes de l'ACID seront représentés cette année au Festival du Cinéma du Réel et le film M de Yolande Zauberman fera l'ouverture du Festival.

  • Dans la section Front(s) populaire(s) : Still Recording de Ghiath Ayoub et Saeed Al Batal. Projection suivie d'une discussion pour s'interroger sur la manière dont les images des luttes participent aux luttes.
  • Focus sur Yolande Zauberman : Classified People, Un juif à la mer, Would You Have Sex With An Arab?, M.
Actualité

À PROPOS DE STILL RECORDING

Il n'est nullement anodin que Still Recording s'ouvre par une leçon de cinéma. De l'analyse filmique émerge cette saillie lapidaire : face aux plans millimétrés du blockbuster projeté, ce simple syntagme – intermédiaire entre l'image et le réel – deviendra le conducteur d'un film extra-ordinaire, « Pouvons-nous filmer comme ça ? Bien sûr que non. On est trop occupés par ce qui se passe ». Avec ses 450 heures d'images filmées durant cinq années au cœur de l'un des conflits les plus dramatiques de ce début de millénaire, tout concourt dans Still Recording à résoudre le paradigme de l'image en mouvement, depuis ses origines : dans l'espace, dans le temps, dans la représentation du réel, enfin dans le mouvement. Filmer l'urgence ou l'urgence de filmer ? Qu'elles sont rares, aujourd'hui, ces œuvres qui dénouent cet engagement. Une phrase résonne alors, prononcée par l'un des rares personnages féminins : « Tout le monde devrait vivre un tel chaos ». De rajouter : tout cinéaste devrait vivre un tel chaos ! Et filmer, rester ce sport de combat, à l'instar de cet homme sprintant au milieu des ruines. Car le geste des réalisateurs dépasse ici largement la question d'une réalité absente de la logorrhée idéologique des mass médias occidentaux : pendant qu'un dictateur fait couler en continu le sang d'un peuple, la vie, tel l'eau, trouve son chemin, se faufile entre les décombres. La cavité en question, c'est le cadre de l'image. Celle qui se fixe comme un tatouage sur l'épaule de la jeunesse syrienne. Alors que la rhétorique cinématographique n'est devenue majoritairement qu'une vaste tautologie d'un Monde claudiquant, la mise au point dont s'amusent les cinéastes, lors d'une séquence du film, est celle-là même d'un art qui, ailleurs, a fini par perdre sens, comme l'on perd pied. C'est dire comme en tous points, Still Recording orchestre magistralement la convergence des regards – et de leur sens –, sur la lutte, sur l'Histoire, sur les corps, sur la guerre et la mort, sur l'Art. Une interrogation s'est emparée de l'un des cinéastes : « Quel est le public de mes images ? ». Qu'il se rassure : indéniablement, tout être humain encore vivant sur Terre.

Emmanuel Vigne

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programmateur


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