À propos du Monde vivant

Marie
Vermillard

Cinéaste

Le plaisir de croire, de se faire croire, le plaisir d'écouter les mots, les phrases entrelacées comme des musiques, le raffinement du verbe, dans le film d'Eugène Green tout a commencé comme ça pour moi. Oui, le chien est un lion, oui le lion peut pleurer et un arbre être une femme. Oui il y a encore du plaisir à un imaginaire d'un autre temps. Bien sûr le réalisateur nous aide à atteindre ce monde-là en y glissant quelques signes de notre temps, les personnages sont habillés comme vous et moi, certains mots sonnent brutalement comme dans une rue du 21ème siècle pourtant d'autres règles mènent le jeu, les règles de la chevalerie, les figures de l'enfance, l'enfance des mots. C'est troublant, lorsque nous reconnaissons un mot de notre monde tout de suite le rire arrive, l'incongruité de cette intrusion nous permet de goûter encore plus le raffinement d'une tournure de phrase, d'une intonation de ce langage ancien en voie de disparition. L'élégance du monde vivant n'est pas uniquement verbale, elle est aussi visuelle. L'image est toujours simple, rudimentaire et gracieuse. Comme sont gracieuses ces mains qui se touchent, ce chevalier qui entre dans le château. Les résolutions sont magiques parce que si simples, la simplicité est source de poésie et ça n'échappe pas à Eugène Green. Son monde vivant nous transmet la passion d'un monde où le geste est toujours suspendu pour être mieux saisi, un monde de la posture, de la peinture. De la confrontation avec notre monde monte une terrible nostalgie et cette question : où se niche aujourd'hui cet imaginaire qui prend en compte tous les éléments, de la pierre à l'animal en passant par l'homme ? Aujourd'hui quels mots, quelles images doivent être inventé pour nous donner les règles du jeu ?

Marie Vermillard

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Cinéaste


Publié le mardi 12 septembre 2017
Mis à jour le mardi 14 novembre 2017

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