Beautés à cri ouvert


Cinéastes de l'ACID

Les derniers mois furent aussi riches de films qu'ardus politiquement. De 2025 nous retenons quelques chiffres, pour se donner des motifs de fierté et de jubilation collective : 17 longs métrages soutenus , presque 500 rencontres tenues dans 155 villes et 191 cinémas. 9 films soutenus, sortis et à sortir en 2026 qui sont autant de promesses de rencontres auxquels s'ajouteront les films qu'il nous reste à découvrir, et à aimer.


Et pourtant, alors que nous voudrions savourer ces beaux succès, fruits du travail opiniâtre et passionné de cinéastes que nous sommes, épaulé·es par la belle équipe de l'ACID ; alors que nous voudrions simplement pouvoir regarder le monde et ses habitant·es à travers les yeux de ces cinéastes dont les films dessinent un radical et nécessaire geste de soulèvement, nous étouffons, nous nous éreintons face à un réel qui veut notre peau, de préférence trouée.


Le marché se tend toujours plus, les distributeur·ices sont dans de telles difficultés qu'iels peinent à s'engager, même sur les films qui bénéficient de l'exposition cannoise. Et puis, nous constatons la disparition lente et sûre d'espaces dédiés à la cinéphilie au profit de l'auto-célébration d'une industrie cinématographique sûre d'elle-même et de son bon droit, qui occupe nos esprits en même temps que nos salles, en assumant aujourd'hui plus qu'hier sa crainte de la diversité des formes, parce que cette dernière contrevient à son modèle. Inutile de revenir en détail sur les atteintes à la liberté de la création, signes à la fois de la puissance de la culture, comme terrain de bataille, signe aussi des combats à venir dès la rentrée, et que nous préparons déjà.


Dans cette balance, nous mettrons ce que nous avons de ciel, de terre, d'images et de force, pour faire vaciller cette machine désastreuse et infernale d'un marché dérégulé. « La pensée du Tremblement surgit de partout, musiques et formes suggérés par les peuples. » Avec les mots d'Édouard Glissant, abordons cet été avec la confiance que nous donne la certitude de retrouver nombre d'entre vous dans les salles, les festivals, et partout où nous pourrons penser d'abord, pour agir ensuite. « Elle nous préserve des pensées de système et des systèmes de pensée. Elle ne suppose pas la peur ou l'irrésolu, elle s'étend infiniment comme un oiseau innombrable, les ailes semées du sel noir de la terre. » Souhaitons-nous d'être par là réassemblés, oiseau innombrable, « dans l'absolue diversité, en un tourbillon de rencontres ».


Cinéastes de l'ACID


Publié le lundi 30 novembre -1

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