À propos de La Fille la plus heureuse du monde

Daisy
Lamothe

Cinéaste

La vie est simple lorsqu'il suffit d'avaler un jus d'orange, boisson miraculeuse qui transforme une fille simple en actrice de cinéma publicitaire et en propriétaire d'une voiture Logan flambant neuve. La vie est plus compliquée quand il s'agit de régler les dérapages familiaux apportés par cette soudaine richesse. C'est sur ce scénario que Radu Jude construit un film intimiste et doux-amer, avec au centre, un père, une mère et leur fille Délia. Et quelle fille !! Celle qui se présente à nous au début du film, recroquevillée dans l'auto familiale, enrobée de malaises et de complexes, sort de sa chrysalide et se rebiffe. Filmée essentiellement dans la rue, La Fille la plus heureuse du monde s'enhardit au fil des répétitions qui confinent au gavage, coincée entre un univers familial étouffant et des rêves qui prennent l'eau. Avec une mise en scène légère, à distance, la caméra traque les déplacements des personnages, les observe, et s'installe avec eux dans les creux du tournage pour saisir leurs frustrations et leurs faux espoirs. Sur une place surchauffée, au milieu des badauds, emmurée entre un jet d'eau et une avenue bruissant de voitures, Délia transpire l'envie de vivre, ânonnant son bonheur publicitaire pour mieux fuir le chantage affectif et financier de ses parents. Comédie sociale qui pointe les travers d'une société en mutation, chaque scène nous fait sourire par petites touches incisives qui mettent à nu les conflits générationnels et historiques, entre ceux qui ont connu le communisme et ceux qui veulent vivre les images de cette nouvelle société de consommation. Dans ce road movie immobile qui emprunte la route de l'envers du décor, Délia boit son bonheur jusqu'à la lie et nous fascine par sa puissance tranquille.

Daisy Lamothe

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Cinéaste


Publié le mardi 12 septembre 2017
Mis à jour le mardi 14 novembre 2017

Paroles de cinéastes

La Fille la plus heureuse du monde

Un film de Radu Jude

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