À propos de De l'histoire ancienne

Jean-Henri
Roger

Cinéaste

La force du film d'Orso Miret réside dans sa cohérence, que rien, pas une image, pas un plan, pas un acteur n'échappe à servir le même but, celui de nous parler, nous faire vivre l'indicible, l'irracontable : qu'est-ce que l'absence définitive ? La mort n'est pas la fin de quelque chose pour ceux qui restent mais un début où il faut régler ce que la présence de l'autre a laissé en suspens. Le film d'Orso Miret met en action des personnages qui doivent faire le solde du passé et se poser la question : maintenant, que faire du présent ? Les deux frères et la sœur ne peuvent sortir intacts de cette confrontation avec la réalité de la mort. Le personnage du jeune frère(Guy) refuse la mort. En la refusant, il rend impossible l'Histoire, celle des historiens. Car le père mort est un héros de la résistance, situation qui rend impossible l'anonymat de la douleur. Etre dans l'histoire, c'est peut-être léguer aux « héritiers » le devoir de « régler les comptes ». Tout dans ce film travaille l'idée du temps, chaque plan respire le temps de l'indécision des personnages, le temps de la douleur. Mais ce travail du temps n'empêche pas la fulgurance, fulgurance du voyage dans la folie de Guy. Rarement cette autre réalité irracontable n'a été aussi bien montrée, sans lourdeur ni pathos. Une succession de plans de situation nous mène à l'inéluctable, la folie suicidaire. Mais ce qu'il y a de fort, c'est que le personnage survit et doit alors faire place à la confrontation refusée jusqu'alors. C'est la petite fille qui, simplement, sans doute parce que pour elle il ne s'agit que de son grand-père, peut énoncer la phrase simple : Il est mort. Face à un tel film où on a la certitude d'avoir vu une œuvre rare, on est envahi par ce plaisir de l'émotion que l'on sait vraie car elle se nourrit des silences de chacun d'entre nous, de notre expérience. La réussite du film tient dans cette capacité de parler à chacun d'entre nous, à ce qu'il y a de plus enfoui, de plus secret. De l'histoire ancienne est un film courageux et offre ce plaisir d'avoir le sentiment d'être grandi soi-même par ce courage.

Jean-Henri Roger

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Cinéaste


Publié le vendredi 15 septembre 2017
Mis à jour le mardi 14 novembre 2017

Paroles de cinéastes

De l'histoire ancienne

Un film de Orso Miret

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