Programmez-nous !


Cinéastes de l'ACID



C'est l'automne. L'Observatoire de la Diffusion du CNC a publié ses analyses sur l'année 2022 et, en ce qui concerne les films labellisés « Recherche et Découverte » ou bien les films non-agréés (ce qui inclut une part considérable de documentaires), on serait tenté de chantonner, comme une vieille rengaine, que « les films morts se ramassent à la pelle ».


Est-ce qu'on est mort parce qu'on a fait moins de 10 000 entrées ? La tentation de le croire est grande, et puis, ça arrangerait bien certaines affaires que ces films morts-nés disparaissent une bonne fois pour toutes des écrans. Puisqu'on nous dit, et redit (autre rengaine) qu'il y a « trop de films ». Mais y a-t-il vraiment « trop de films » ? L'étude croisée, sur dix ans, de l'augmentation du nombre de séances d'une part, et du nombre de films d'autre part, se révèle particulièrement éclairante : les deux courbes se superposent parfaitement. Ce « trop » de films a donc été absorbé par un surcroît de séances. Fin du débat.

En revanche, il est certain que cette augmentation des séances n'a absolument pas bénéficié à tous les films de la même façon, notamment aux films que nous défendons (c'est là, la condamnation à mort). Nous alertions déjà sur les très hauts niveaux de concentration en salle (un petit nombre de films occupe un grand nombre d'écrans) avant-COVID. Nous voilà revenus, d'après le CNC, « à la normale », c'est-à-dire à des taux hautement préoccupants. Rengaine, encore.


En attendant les réformes qui réguleront la situation, nous voulons nous adresser à celles et ceux aux côtés de qui l'ACID agit : les directeur·ice·s et programmateurs.rices de salles de cinéma. Ne craignez pas les films que nous soutenons. Programmez-les ! Ils sont à l'endroit exact où nos préoccupations communes se recoupent : maintenir vive et active la pluralité des formes ; défendre l'indépendance contre l'hégémonie ; redonner du sens à des mots qui l'ont perdu (qui osera parler d'« Art et Essai » devant Babylon, Divertimento, Jeanne du Barry, Oppenheimer qui sont avant tout des rouleaux compresseurs ?).


Nous savons que nos films ne sont pas toujours de ceux qu'on dit « porteurs » ; nous connaissons vos difficultés à trouver des équilibres de programmation ; nous savons qu'il n'est pas simple de mobiliser les spectateur·ice·s. Mais à la différence de beaucoup d'autres, quand vous nous programmez, nous sommes là. Notre engagement, c'est d'être avec vous, dans la salle, pour le film. Pour partager une parole de cinéma, sur le cinéma. Au présent de la rencontre.


Et il nous semble que ce modèle-là n'est pas encore mort, lui !


Cinéastes de l'ACID


Publié le vendredi 01 décembre 2023

Édito

Recherche

Gestion des cookies

En poursuivant sur ce site vous acceptez l’utilisation de cookies, qui servent à vous proposer une meilleure expérience de navigation (vidéos, photos, cartes interactives).

Tout refuser