« Que pourrons-nous faire ? »


Cinéastes de l'ACID

La crise politique ouverte par la dissolution de l'Assemblée Nationale nous plonge, toutes et tous, dans une incertitude et une inquiétude terribles : d'ici à deux semaines, l'extrême-droite — coalisée éventuellement avec des formations politiques prêtes à renier leur histoire, la nôtre et un bon nombre de principes fondamentaux — pourrait se retrouver en situation de gouverner notre pays.


Dans la longue série des dangers qu'une telle éventualité ouvrirait, ceux qui pèseront sur la liberté de création et de diffusion ne sont pas les moindres. Ils nous touchent donc, cinéastes et salles de cinéma, en premier chef.


Nous vous écrivons en vue de nous relier pour faire face et subir le moins possible. Ensemble, nous serons plus forts, c'est certain.


Les propositions qui suivent ne sont que des idées élaborées dans l'urgence de cette situation inédite. Elles sont à améliorer, transformer, ou jeter si elle paraissent mauvaises.


En pensant à nous, cinéastes, en vérité nos pensées se tournent vers vous, programmateur·ices et/ou directeur·ices de salles de cinéma, de réseaux itinérants, associations de spectateur·ices, etc.


Parce que vos lieux, qui sont des lieux où le partage des oeuvres, dans toute leur diversité, prend soin du lien social, seront en ligne de mire. Et que cela nous inquiète au plus haut point. Que ferons-nous sans les salles, surtout celles que vous incarnez, qui maillent le territoire jusqu'aux plus petits villages ? Que ferons-nous si le cinéma devient un instrument de propagation d'un récit univoque, à rebours de l'exubérante variété du réel dont les films (tous les films) rendent compte ?


Nous voulons savoir, avec vos mots à vous, ce que vous craignez. Ce qui, peut-être déjà, vous arrive ou vous est arrivé et comment cela se manifeste dans votre liberté de programmation et votre rapport au public. Nous avons aussi besoin de vos idées, de vos espoirs, mais aussi de vos mots. Dire, afficher, placarder, projeter ?… ce que serait le cinéma (et la culture en général) avec au pouvoir une extrême-droite préoccupée de réécrire l'Histoire sans craindre de multiplier les contre-vérités, afin que prévale une vision fantasmée et falsifiée du « roman national ».


Comme un manifeste.


Et vous dire que si vous souhaitez ouvrir vos lieux les lendemains possibles (sinon probables) de gueule de bois que seront les 1er et 8 juillet, ouvrir pour montrer des films, se retrouver, discuter, débattre, convaincre, se souder… alors nous serons autant que possible à vos côtés, nous cinéastes (et pas que !) qu'une vision rabougrie des choses cantonne à un parisianisme qui ne recouvre pas la réalité de nos situations : bon nombre d'entre nous vivent hors de Paris, hors des grandes villes ; loin d'être des privilégiés, nous avons, pour une bonne part d'entre nous, en commun avec l'électorat du RN, une précarité sans cesse invisibilisée au profit d'une vision des artistes comme des bobos hors-sol. Pourtant, et vous êtes bien placé·es pour le savoir puisque vous montrez nos films, c'est aussi notre regard qui se pose sur les ouvriers, les paysans, les étrangers, les déclassés, les marginaux, les minorités d'où qu'elles soient et qui témoigne de leur existence. 


A l'heure du danger, tout ce qui nous relie nous semble bon à prendre, tous les témoignages et tous les mots des uns et des autres nous semblent bons à entendre pour allumer des contre-feux, et ne pas perdre espoir.

Cinéastes de l'ACID


Publié le lundi 30 novembre -1

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