Une partition à réécrire


Cinéastes de l'ACID

Il y a de la beauté à voir se déchirer la toile qui nous tenait prisonnier.ère.s d'un silence hérité de pratiques, d'habitudes, et d'une culture qui ne questionnait qu'à la marge les rapports de dominations dans nos métiers. D'une voix à l'autre, nos consciences s'unissent et se rejoignent pour répondre au désir commun de « composer ensemble cette incroyable mélodie » *

Judith, Adèle, grâce à vous et à toutes les femmes courageuses qui, sans être dans la lumière, osent dire, le silence oppressant craque et se disloque. La violence du pouvoir s'exerce toujours si elle est armée par les systèmes de rapports de forces qui érigent le silence comme pierre angulaire de la domination. À l'ACID nous voulons vous dire que vous n'êtes pas seules, que nous tenons d'une haute importance le fait d'interroger toutes les cultures et habitudes qui traversent nos métiers et qui ont engendré ces abus de pouvoirs. Ces démons se nichent dès les conditions d'écriture, les façons de penser le cinéma, les récits que nous inventons ainsi que dans les conditions de fabrication d'un film. Cette déconstruction en route, au cœur du cinéma, agit comme un miroir grossissant qui met en lumière tout ce qu'il est absolument nécessaire de défaire dans tous les replis de notre société où s'exercent des relations de pouvoir et de domination.


Pour que vos mots se prolongent et fassent chemin, nous devons toutes et tous nous mettre au travail, discuter, oser, nous interroger sur nos pratiques, mettre en place de quoi protéger…


L'ACID a, depuis toujours, défendu des films qui poussent à travers les fourches caudines d'une logique marchande, défendu la puissance et l'inventivité des flibustièr.e.s face aux représentations du pouvoir en place. Pour autant, ceci ne nous dédouane en rien du chantier qui s'ouvre en profondeur et qui va nécessiter d'oser puiser et mettre à jour tout ce qui s'entremêle dans nos héritages culturels. Nous nous devons, en toute sincérité, d'interroger toutes nos pratiques et tous nos modèles puisque les représentations que nous nous faisons de nos métiers portent aussi en leur sein leurs potentielles violences. C'est à cela que nous invitent ces prises de parole. Déconstruire nos modèles de fabrication de film, réfléchir au casting, décentrer nos représentations, inventer une autre forme géométrique que la pyramide qui prévaut à l'organisation d'un tournage, garantir des garde-fous contre les positions de pouvoir. Et puis parler, prendre le temps d'écouter, pour ne jamais laisser le silence malmener nos vies.

Et si, parmi les hommes de nos métiers, certains se sont tus, ou se taisent aujourd'hui, tandis que leur place leur offrirait une tribune de choix, d'autres parmi eux ont commencé à dire leur soutien et, surtout, la souffrance à laquelle certains d'entre eux furent aussi exposés. Dans notre engagement sur toutes ces questions, cinéastes à l'ACID, que nous soyons femmes ou hommes, nous choisissons de nous mettre en mouvement en solidarité et sans rien éluder de ces interrogations.

C'est une vraie feuille de route que ces femmes courageuses, et ces hommes plus récemment, nous invitent à suivre. Et quelles que soient nos places de pouvoir en tant que cinéaste, ici en situation de tournage, là en qualité de lecteur.rice.s dans des commissions, lors de débats, de cours ou d'ateliers, elles doivent s'exercer en conscience et en responsabilité. Travailler à toujours avoir en tête la question de la place, du corps et de la parole de l'autre. À nous de jouer pour que cette révolution se mettre en marche et merci à celles qui nous poussent en mettant les pieds dans la porte blindée.


* phrase extraite du discours de Judith Godrèche lors de la cérémonie des César 2024

Cinéastes de l'ACID


Publié le lundi 25 mars 2024

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