À ciel ouvert

Un film de Mariana Otero

À ciel ouvert

Un film de Mariana Otero

France - 2013 - 110 min

Alysson observe son corps avec méfiance.
Evanne s’étourdit jusqu’à la chute.
Amina ne parvient pas à faire sortir les mots de sa bouche.

À la frontière franco-belge, existe un lieu hors du commun qui prend en charge ces enfants psychiquement et socialement en difficulté. Jour après jour, les adultes essaient de comprendre l’énigme que représente chacun d’eux et inventent, au cas par cas, sans jamais rien leur imposer, des solutions qui les aideront à vivre apaisés. Au fil de leurs histoires, À ciel ouvert nous ouvre à leur vision singulière du monde.

À propos de A Ciel ouvert

À Ciel Ouvert épouse l'horizon de l'enfance entravée par la maladie psychique. C'est dans cette communication perturbée entre soi et l'image de soi, soi et le monde, au sein d'un monde délibérément insaisissable, que Mariana Otero nous raconte avec un langage simple mais toujours complexe, une langue poétique et brute, comment ces enfants subissent cette altération de la perception au jour le jour. Dissociation entre l'objet et le sujet, communication altérée, communication fragmentée, toute la construction du film tend à rendre sensible cet état. Et là où la société assène qu'il y a dysfonctionnement, un univers cohérent et autonome se déploie sous nos yeux, qui devient dès lors parti pris esthétique dans le champ de la cinéaste. Le jargon médical se fait poésie, les monstres sous le lit, des compagnons de route envahissants mais toujours fidèles.


Et puis, il y a cette mise en avant prudente mais chaleureuse de l'intruse réalisatrice dans le dispositif thérapeutique, dans le quotidien des enfants, en aller-retour entre pudeur et intrusion, partage et témoignage, entre l'objet caméra et le sujet réalisatrice, entre les enfants en souffrance et leur souffrance matérialisée, l'espace se trouble, se confond, jusqu'à enfin se rencontrer. 


De micro-évènements anecdotiques dans un premier temps prennent corps au fur et à mesure que se déploie le documentaire dans sa construction en spirale où tout se met à résonner. Ces fragments finissent par former une figure protéiforme et unique dans son humanisme : un chaos terriblement organisé, un fatras d'une absolue cohérence. Le film se relit sans cesse, dresse un monde dans le monde au sein de l'enceinte elle-même théâtralisée de l'internat. Et sans jamais s'apitoyer dans une représentation condescendante ou didactique, la réalisatrice nous donne à sentir, par à coups, par bribes, cette fugacité des moments, angoissés ou lumineux, jouissifs ou effrayés qui nous interpellent, nous impliquent, dans une expérience où la sensation et l'émotion dominent toute forme de jugement. À Ciel Ouvert, c'est l'apprentissage par les sens d'un nouveau langage incroyablement familier : le nôtre.


Fabianny Deschamps

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos de A Ciel ouvert

Des enfants dans une institution, visiblement dans un monde qui nous semble fermé. Mais très vite, une fenêtre s'ouvre. Les enfants s'approchent de nous, jettent d'abord un œil au regard de la caméra, puis la fixe bien en face pour nous entraîner, jour après jour, dans ce lieu de vie où tout repose sur l'écoute et le dialogue. A ciel ouvert, par un montage incisif, sait capter les moments clefs de la thérapie sans jamais enfermer le film et les enfants dans le handicap. Le questionnement permanent sur le rôle de chacun, l'individualisation constante des méthodes de soin, sont réfléchis par une réalisation lumineuse qui sait suggérer les doutes, les fragilités, les incertitudes, les réussites. En voyant le film de Mariana Otero, j'ai pensé à une scène du film de Jean Vigo Zéro de conduite où les enfants volent au ralenti dans les plumes échappées des polochons du dortoir. C'est cette même poésie qui traverse « à ciel ouvert « où une caméra complice réussit à nous faire entrer sans effraction, avec une infinie tendresse, dans la logique d'une enfance en recomposition.



Daisy Lamothe

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos de A Ciel ouvert

Ouverture simple et franche, par un rapprochement. Par un gros plan sur le visage d'une petite fille brune, cheveux longs en bataille. On découvre sa bouche, ses lèvres, ses yeux malicieux, là, directement, face caméra. « J'aurai une caméra comme ça quand je serai grande. Je vais faire toi ». Annonce d'un désir, d'un lien, d'une confusion.  

C'est comme un jeu, c'est comme une énigme, cette caméra. Quant à celle qui s'inscrit derrière, quelle histoire ! Mariana Otero s'intègre délicatement mais sans fard à ces habitants du Courtil. Ici, dans la cour carrée, la salle à manger, le bureau des uns ou la chambre des autres, enfants et intervenants partagent une vie. Ces minots là s'arrangent cahin caha avec ce qui les réunit : leur inconscient à ciel ouvert. De saynètes en chansons improvisées, de puzzles en balades au bord de l'eau, entre jardinage et repas, la vie à fleur de peau déploie ses heurts, ses peurs, ses interrogations mais surtout ses richesses incomparables.  

La réalisatrice capte et questionne, sans hiérarchie ni préjugé, traçant son sillon, inscrivant et offrant son regard, regard aiguisé et enrichit par ces enfants qui s'adressent tant à elle qu'à l'objet fascinant et perturbant qui prolonge son oeil et sa main, sa caméra.  

À ciel ouvert est un film au long souffle, un film intelligent, qui rend hommage au sensible et aux corps mais également au cinéma qui redevient ici un outil essentiel à la fois magique et redoutable. 

Theodora Olivi

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Programmatrice


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