C'est eux les chiens

Un film de Hicham Lasri

C'est eux les chiens

Un film de Hicham Lasri

Maroc - 2013 - 91 min

Majhoul vient de passer 30 ans dans les geôles marocaines pour avoir manifesté en 1981 durant les "émeutes du pain". Il retrouve la liberté en plein Printemps arabe. Une équipe de télévision en quête de sensationnel décide de le suivre dans la recherche de son passé. Ulysse moderne, Majhoul les entraîne dans une folle traversée de Casablanca, au cœur d'une société marocaine en ébullition. Ou comment un perdant magnifique se fraie un chemin pour regagner sa place dans une société arabe moderne tiraillée entre conservatisme puissant et soif de liberté.

Avec :
Hassan Badida , Yahya El fouandi , Lmad Fijjaj et Hassan Hasska

Sorti le 05 février 2014

À propos de C'est eux les chiens

Un porte-voix sans visage articule des slogans en silence.

Un journaliste et son équipe sondent la voix du peuple qui manque. 

Un fantôme aux traits émaciés, à la silhouette de João Cesar Monteiro, ressuscité  des morts des geôles d'Hassan II, reste muet, hébété au milieu des manifestations. 

L'équipe de télévision se déporte vers ce corps lazaréen. Ce décadrage derrière la foule est un geste radical de cinéaste, une libération du pouvoir et de sa fabrique à images. La chasse à la réconciliation est ouverte. Qu'est devenu le Maroc depuis les rafles de 81 ? 

On contemple le visage et le corps un tantinet burlesque de cet homme meurtri, oublié, qui porte les stigmates des mensonges de la Monarchie. Il absorbe les arrangements médiatiques de la culpabilité du pouvoir.

Dans cette fable tragique, Lasri compose un road movie punk, décapant, original, sur les révolutions arabes. Le film traverse une ville dévastée où le corps de la société marocaine reprend rage, conscience. Le « mouvement du 20 février » a-t-il bien eu lieu ?

Le tour de force de Lasri est de faire d'une errance erratique un thriller haletant. Grâce du cinéma contre les images du flux médiatique qui produisent de l'oubli. Mise en scène virtuose contre le recouvrement de la mémoire. Grand film sur la renaissance du sentiment de la perception et la possibilité d'une vie au présent. Après la perte des idéaux, il montre l'évidence de leur nécessaire retour.

Tant que la révolution n'aura pas été à son terme, ses premières figures héroïques nous hanterons avec insistance. Vertu retrouvée des images de cinéma qui s'opposent à celles qui nous enterrent. Un film viscéral qui hurle la nécessité d'une renaissance.

Fleur Albert

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos de C'est eux les chiens

C'est eux les chiens est un film qui hurle la nécessité d'une renaissance et qui nous rappelle que seule la parole importe. Car, au cœur d'une Casablanca en effervescence, dans un dispositif « youtubien » qui saisit le réel sur le vif comme l'avaient fait les téléphones portables pendant le Printemps Arabe, c'est bien nous que le film interpelle. Sur le mode du faux reportage qui permet au réalisateur d'épouser habilement le chaos ambiant, la caméra portée court après son personnage qui ne pense d'abord qu'à se dérober, des allées et venues continues entre la caméra de télévision et celle du film qui nous place tour à tour en position de témoin et en situation de (télé)spectateur. À l'instar de la radio et de la télé qui déversent un discours figé et formaté, Hicham Lasri nous met en garde contre les médias qui s'accommodent de la réalité, maquillent les faits et finissent par creuser les trous de la mémoire collective. Une bouche aphone au fond d'un porte-voix, un radiotrottoir sans opinion, un micro défaillant ou déchargé qui fonctionne quand il veut, un revenant silencieux, pantois au milieu des manifestants, tout cela rappelle combien la parole quand elle n'est pas confisquée vaut pour témoignage et comment le cinéma peut en être l'enregistrement. Avec la mémoire qui revient, c'est l'humanité toute entière qui reprend vie...

Gautier Labrusse

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Programmateur


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