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El Puesto

Un film de Aurélien Lévêque

El Puesto

Un film de Aurélien Lévêque

France, Belgique - 2011 - 75 min

Dans l’immensité désolée des confins de la Patagonie, un homme seul surveille les terres du bout du monde... Un western sans coup de feu, ni bagarre.

Sorti le 29 août 2012

Sortie non communiquée

EL PUESTO : cavaliers seuls

Quelque part au sud de la Patagonie argentine se trouve l’une des plus petites fermes de Terre de Feu, l’Estancia Rolito, encadrée au nord et au sud par deux puestos, cabanons rustiques où vivent ceux que l’on nomme les puesteros, ouvriers polyvalents chargés de s’assurer de la sécurité des bêtes. Marin est un puesto typique, qui vit là en solitaire entre mille occupations quotidiennes et quelques rencontres occasionnelles. Le réalisateur français Aurélien Lévêque a choisi de le suivre sur quelques semaines pour tourner un documentaire qui ne porte pas sur Marin lui-même, mais sur la vie qu’il mène et les explosions sensorielles qui l’accompagnent. El Puesto est avant tout affaire de captation : il s’agit de rejeter aussi loin que possible toutes les caractéristiques du doc à tendance reportage, pour ne garder qu’une succession d’images à couper le souffle et d’instants d’intimité authentiques.



Cela commence par un plan sur la terre et le ciel, elle aride et lui embrumé, le vent soufflant fort dans nos oreilles comme pour créer en quelques secondes une ambiance de western. Omniprésente comme chez Lisandro Alonso, la nature joue un rôle fondamental dans le film car elle est la première interlocutrice de Marin. Il y a ce vent qui semble ne jamais devoir se calmer, ces arbres secs qui se dressent tels de vieux sages, cette plaine interminable et vertigineuse. Comme si le temps n’existait pas, Marin se démène avec sérénité pour prodiguer à cette ferme les soins qu’elle mérite. Il relève les pièges posés quelques temps plus tôt et s’empare patiemment d’un castor attrapé ce jour-là. Puis viendra l’heure du maté pris en solitaire ou avec ses compagnons de travail, qu’il s’agisse des propriétaires de l’Estancia Rolito, du contremaître des lieux ou du berger. Ces moments de rencontre sont assez révélateurs : contrairement à ce que l’on peut observer dans La Libertad d’Alonso, tous trouvent un vrai plaisir dans le fait de retrouver régulièrement leurs semblables. Comme si, dans ces lieux quasiment déserts, s’assurer d’une présence humaine à ses côtés constituait un indispensable vecteur de sécurité et de confiance. Souvenirs du passé, discussions sur la santé des bêtes ou extrapolations en tous genres : ces quelques tranches de lien social permettent à chacun de recharger ses batteries en prévision des nombreux instants de solitude à venir. Ce grand écart incessant entre une existence d’ermite et une soudaine socialisation fait naître chez les personnes filmées un équilibre visiblement salvateur.



Filmé en Cinémascope, bénéficiant d’un son étonnamment travaillé pour un documentaire, El Puesto laisse la part belle aux sens et donne envie de prendre pour un temps la place de Marin et ses congénères. Ces moments privilégiés en solitaire, face à un animal — scène superbe avec un poulain — ou seul en communion avec la nature, pourraient suffire à convaincre de la précieuse beauté de la vie. Aurélien Lévêque nous invite à franchir la barrière entre le monde dit moderne et cette contrée reculée, comme lui l’a fait un jour sans jamais le regretter. C’est un endroit où le silence des hommes est souvent roi, où la nuit prend parfois le dessus, mais où il y a toujours quelque chose à voir, à sentir ou à écouter. Ce doc d’une sincérité sans faille en fait brillamment état.

Une superbe cinématographie argentique

(...) Parmi tous les films en pellicule présentés cette année à Cannes, rien n’a surpassé El Puesto comme exemple d’une superbe cinématographie argentique, réalisée par le frère d’Aurélien, Colin.







(...) Le film reste attaché durant 75 minutes à Marin, un fougueux et robuste homme à tout faire de l’Estancia Rolito, une ferme de moutons et de chevaux balayée par les vents dans les plaines australes du sud de l’Argentine, au fin fond de la Patagonie. Marin a de nombreuses tâches, chacune d’entre-elles nécessitant des compétences particulières que la caméra détaille avec une vibrante intensité. Entre autres, Marin surveille et répare les clôtures de la propriété, réunit les troupeaux de moutons pour la tonte, il dresse des chevaux, et chasse même le castor dans un ruisseau à proximité.



Les frères Lévêque emploient une large gamme d’approches visuelles pour rendre compte du monde de Marin, utilisant de façon spectaculaire des objectifs variés et différents placements de caméra. Pour transmettre le sentiment de l'étendue considérable dans laquelle Marin travaille, la caméra est parfois située très loin de lui, et en quelques plans, Marin (vêtu de son habituel blouson rouge) devient un point rouge dans le paysage. Dans d'autres séquences, les cinéastes choisissent des plans très rapprochés afin de montrer le travail manuel, comme par exemple la corvée de déverrouillage de la trappe du castor ou l’utilisation d'huile de coude pour la réparation d’une clôture.



Et même si Marin siffle au sens propre pendant qu'il travaille, son apparent bonheur est parfois interrompu par les échanges qu’il a avec ses amis et collègues de la ferme lorsqu’ils viennent lui rendre visite dans sa cabane rustique. Il avoue, entre deux gorgées de maté, qu'il est difficile de vivre seul dans cet endroit, et on a le sentiment que chaque interaction humaine lui apporte beaucoup.



Le sentiment inattendu que l’on ressent après avoir vu El Puesto n'est pas tant la beauté cosmique de la solitude, mais l'importance des autres êtres humains.

Non, tu n'as rien vu à Usuhaïa…

En Patagonie, sur des terres de vent et de tourbe, la vie quotidienne d'un ouvrier agricole… Un documentaire sur quoi ? La solitude ? La place minuscule de l'homme dans la nature ? La façon de siroter le maté ? Mieux que cela. Le réalisateur Aurélien Lévêque aurait pu ficeler un drame, un manifeste, et en faire toute une histoire. Il choisit une autre voie, contemplative, qui donne du temps au temps. Le choix du format (du scope en super 16mm) y est pour beaucoup. Du silence, du souffle : non, tu n'as rien vu à Usuhaïa…

El Puesto, d'Aurélien Lévêque

Documentaire réalisé par un Français féru de cinéma et de littérature sud-américaine, El Puesto relate, à la manière de La Libertad de l'Argentin Lisandro Alonso, les journées d'un berger posté l'été dans une bicoque, au fin fond d'une estancia de la Terre de Feu. Outre ses multiples activités quotidiennes, on assiste aux rares rencontres de l'ermite avec ses collègues et patrons. Une œuvre simple, factuelle, fondée sur le rapport de l'homme avec le paysage - dimension qui semble fasciner la cinéaste. Beau travail de captation du réel.

À propos de El Puesto

C'est un documentaire filmé en super 16mm, un documentaire en cinémascope. Un des derniers, et peut-être même le dernier documentaire filmé en « argentique » et en scope. Magique. Une vibration du monde comme on n'en voit plus, comme on n'en verra plus. Un documentaire qui nous plonge dans l'immensité de la nature et dont l'image grâce à la pellicule vit et vibre comme la nature elle même. 

Dans cette nature, un homme. 

Un homme qui n'est pas à proprement parler un personnage. Un homme au fin fond de l'Argentine qui vit dans une minuscule maison de bois, s'occupe des moutons de l'Estancia ramasse les pièges qu'il a préalablement posés... Parfois il boit le maté avec un de ses voisins, et rend des comptes à sa patronne qui vient de temps en temps le voir. Ce n'est pas un portrait, ce n'est pas non plus le récit d'un autre mode de vie. Ce n'est pas non plus un film sur les paysages. Pourtant il y a un homme et des paysages.

La nature, et l'homme au même niveau. C'est cela qui est remarquable, un film qui ne prend le parti ni de l'un, ni de l'autre, mais qui conjugue l'homme et la nature dans le récit et dans le plan. 

La question du rapport de l'homme à la nature n'est pas posée par les mots, par « le sujet » mais par le cinéma, par le cadre lui même. La nature prend une autre dimension quand l'homme entre dans « le champ » et pourtant rien n'a changé. Cet homme là ne fait souvent que traverser le paysage. Mais du simple fait de son apparition, le paysage se structure soudain différemment. Il devient autre chose. Il nous apparaît autrement. C'est cette géométrie variable entre l'homme et la nature, que l'on appréhende dans ce film. Il n'y a pas de mystification. Il y a un refus de tout romantisme et humanisme. C'est une réponse cinématographique à une question écologique.

Mariana Otero

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Cinéaste


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Revue de Presse - El Puesto

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