Hautes Terres

Un film de Marie-Pierre Brêtas

Hautes Terres

Un film de Marie-Pierre Brêtas

France - 2013 - 87 min

Dans le Nordeste du Brésil, Vanilda, son mari Antonio, et une vingtaine d’autres familles de paysans obtiennent une propriété après avoir passé quatre années à lutter avec le soutien du syndicat des sans-terre.
Sur une terre sauvage, ils vont fonder une communauté, humbles et braves, avec la seule force de leurs bras et de leurs espoirs...
Mais sur ce territoire hanté par la sécheresse, la gestion collective des terres et de leurs maigres ressources s'avère être une aventure plus difficile encore que leur conquête.
Le film va s'arrimer à ce mouvement. Il va le regarder prendre corps, tisser des liens et construire dans l'épreuve d'une réalité désolée, une société rêvée dans une utopie.



Sorti le 15 octobre 2014

À propos de Hautes Terres

Trois femmes qui se baignent joyeusement tout en plaisantant sur leurs ventres de la quarantaine, leur richesse de pauvres ! Un ton est donné dès la première scène, qui permet d'entrer en douceur dans un sujet qui pourrait être épineux et austère. Comment d'anciens sans-terres vont-ils réussir à gérer collectivement la propriété qui leur est enfin octroyée après des années de lutte.

Le film commence précisément à ce moment charnière où le rêve devient réalité, on ne saura pas grand chose de la lutte qui a permis d'en arriver là, le propos est ailleurs. L'histoire est en marche dans un coin de notre monde, une documentariste a choisi de s'arrêter là et d'en témoigner.

Il s'agit d'un de ces films au long cours. En prenant le temps de suivre la mise en place de la communauté agricole sur plusieurs années, la réalisatrice réussit à nous faire ressentir le rythme paysan, fait de labeur et de patience, de ce projet qui prend forme, lentement... 

Au fur et à mesure des réunions de groupe qui ponctuent son récit, mais surtout avec la complicité de Vanilda, beau personnage de femme généreuse qui sera notre guide, son film nous invite à partager l'expérience de la démocratie, parfois bien difficile, d'un collectif qui s'invente. 

Et puis il y a le cinéma. De beaux plans séquences où les corps au travail ont la place de se déployer. Une narration sans didactisme, succession de tableaux qui imprègnent la mémoire, entrecoupés d'ellipses qui permettent au spectateur de poursuivre la réflexion au-delà du film lui-même. 

Pas de happy end à cette histoire que le film laisse en suspens. Mais l'on en sort avec le sentiment que les rêves sont fragiles et la vie coriace. On se prend à y croire et à partager l'espoir que la pluie vienne...

Anne Galland

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Cinéaste


Paroles de cinéastes

À propos de Hautes Terres

« Hautes Terres », les sources de vie. 

Dès la première image, les fils conducteurs de ce documentaire s'imposent : l'eau qui permet de survivre, les femmes brésiliennes «  sans terre » qui prennent un bain joyeux dans l'étang d'une communauté agricole naissante. La remarquable beauté et simplicité des plans du quotidien colore le décor de la pauvreté et des luttes politiques que nous suivons sur plusieurs années. En fait rien n'est laissé au hasard au gré de la construction de ce film qui parait s'écouler au rythme de la vie agraire et des nécessités les plus simples : bâtir une maison, se nourrir, boire, protéger les terres, réussir à vivre en communauté : chaque séquence, leçon de courage et d'autodétermination, est choisie avec soin ponctuant les étapes essentielles de la survie du groupe. Ces héritiers des esclaves fuyards qui organisèrent au XVIIe siècle les Quilombos, premières communautés au Brésil ;ces enfants de la réforme agraire doivent (ré)apprendre l'expression de la démocratie, d'où une étonnante séquence où un vote à main levée autorise les propriétaires de bétail riverains à polluer l'étang qui sert de réserve d'eau potable à la coopérative. C'est à ce moment l'expression de toutes les contradictions qui peuvent surgir dans ce pays ou les réformes tardent à s'affirmer voire même sont stoppées, et qui est également le premier utilisateur de pesticides dans le monde. Mais cette œuvre n'est pas orchestrée pour servir un discours politique, c'est une plongée dans un univers, des regards empreints d'humanité, comme l'espoir des titres définitifs de propriété qui couronneront des années de combat de femmes et d'hommes pour retrouver une terre ou l'espoir de la pluie à la fin du film.

Sylvain Lazare

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Directeur du circuit de cinémas Les Arcades


Les Arcades Salon-de-Provence
Paroles de programmateurs

Le mouvement des sans-terres

Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, l'un des plus importants mouvements sociaux d'Amérique Latine, célèbre en 2014 ses 30 ans d'existence. 

Depuis 1984, le MST tente d'imposer par la lutte et les occupations de terres une réforme agraire sans cesse contournée par les gouvernements. Il s'appuie pour cela sur un texte constitutionnel qui autorise l'expropriation et le rachat par l'état de propriétés mal exploitées. 

Depuis la présidence de Lula, soutien bienveillant du mouvement, plus de 150 000 familles regroupées en assentamentos ont bénéficié de ce processus. Ces communautés agricoles autogérées, encadrées par l'organisme administratif de l'INCRA, l'Institut National de la Colonisation et de la Réforme agraire, ont permis à des paysans démunis de développer une production agricole locale autonome et raisonnée. 

Alors que les élections présidentielles se tiendront en octobre 2014, le MST se mobilise pour peser et faire entendre ses revendications à un moment où sa vision socialiste de démocratisation de la propriété terrienne est menacée par le manque de moyens publics et par une production de plus en plus sous contrôle des grands groupes agro-alimentaires.


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