La route de Leaving Amerika est bordée des stigmates d'une Amérique qui marque la vie de son personnage, Derrick. « Lui un noir », loin du cinéma de Jean Rouch, mais près d'une Amérique blanche et à l'affût de son moindre faux pas. Le film de Marie-Pierre Brêtas partage et témoigne d'un cheminement ; du parking de ce supermarché où il dort dans sa voiture à cette rue où une partie de sa vie a basculée.
La beauté du film réside dans la convocation des fragments de cette vie brisée puis, reconstruite. Leaving Amerika est un film en mouvement dont la figure titulaire est le travelling. Non sans évoquer le mythique Route One/USA de Robert Kramer, Derrick et Marie-Pierre revisitent la famille, les ami.es… La route file, les souvenirs et les rencontres affluent, les récits se déploient jusqu'à l'ouverture de cartons d'affaires sauvées et abîmées dans ce garde-meuble symptôme d'une vie fragmentée.
La force du récit vient enfin dans la finalité du voyage. Derrick éloigne la menace de cette Amérique et trouve son petit coin, « un endroit cool, tranquille à l'écart de la rue », à Cuba. Magnifique mouvement à rebours de cette terre natale et destructrice, dans un pays à ce jour et à son tour en partie asphyxiée par la Great America. Le film fait apparaitre un destin sauvé par l'espoir et la force de l'amitié, et ouvre la route d'un partage magnifié par le talent du cinéma de son autrice.