Quand c'est l'art qui soigne
On est immédiatement happé dans cette histoire de déchirure par un montage mêlant avec beaucoup de talent récit vocal à la première personne, images familiales d'il y a plus de trois décennies, fragments de docs cosmologiques en VHS, effets spéciaux low-fi, tutos internet, auto-filmages, cinéma direct, et musiques tout aussi diverses. Rien de gratuit dans cet apparent fourre-tout jouissif, tout, au contraire, est signifiant, et ne manque jamais d'humour malgré la gravité des propos.
De très très bonnes idées ravissent le spectateur, de l'utilisation du journal intime de l'enfance aux avatars de la dernière partie, en passant par les visites chez divers thérapeutes. De cet assemblage tiré au cordeau naît touche par touche une véritable dramaturgie, avec des relations de faits savamment disposés en crescendo informationnel et émotionnel, jusqu'à l'élargissement du domaine de la souffrance à la génération antérieure, et donc à son cycle infernal, qu'il s'agit là de briser. Le tout, qui aurait pu donner lieu à un pathos gênant, est bizarrement aussi rafraichissant que triste, et nul doute qu'il sera à même d'apporter du réconfort à d'autres ex-enfants de familles dysfonctionnelles, tout en édifiant ceux qui ont eu la chance d'y échapper.
Ce film fait suite à Pauline s'arrache, de la même autrice, et avec les deux apparaît une vraie personnalité de cinéaste venant enrichir le genre du film introspectif. On se prendrait presque à penser que le meilleur des soins, c'est encore l'art.