À propos de Honor de la cavalliera

Daisy
Lamothe

Cinéaste

Une pénombre trouée de lumière, de hautes herbes, un champ clos, le décor est planté. L'ouverture du film offre la figure mythique du couple Don Quichotte, Sancho Pansa dans le repos de deux hommes fatigués. Et d'emblée leur épopée nous est restituée par la volonté de Quichotte de porter une couronne de lauriers. Avec une caméra qui observe, qui guette même, en étant souvent à distance des personnages, le réalisateur nous fait entrer dans leur intimité comme par effraction, et chaque geste, chaque mouvement devient une plongée dans les sphères de la pensée des deux personnages. En utilisant la durée, par des plans qui vont jusqu'au bout de leur action, Albert Serra pose une évidence : les deux héros ne joueront pas les aventures inventées par Cervantès. Ils ont traversé les chemins de l'écriture, ils sont maintenant au-delà. Par ce choix de filmer leur déambulation sans artifice, composant seulement avec la lumière et une nature bruissant d'insectes, le réalisateur raconte leur histoire à chaque plan. Et j'ai retenu celle d'un Quichotte aérien, dont la quête d'absolu est contrainte par la réalité physique de ses besoins, un Quichotte qui revient toujours sur terre, en donnant des ordres terre-à-terre, à un Sancho Pansa à l'affût de l'âme de son maître. Le matériel comme moyen d'oubli et de dépassement de l'inaccessible étoile. Mais Honor de cavalleria a le pouvoir de gommer toutes les interprétations qui pourraient le réduire. Film cultivé sans être intellectuel, il est, par son dépouillement même, d'une immense sensualité. Film d'initiation au cinéma en train de se faire, il faut le vivre en oubliant le temps, en sachant que le réalisateur ira jusqu'au bout de son désir de cinéaste et nous imprégnera longuement d'un lever de lune au-dessus de deux personnages endormis. Le songe de la raison engendrant toujours des moulins à vent…


Una penumbra agujereada de luz, altas hierbas, un campo cercado, éste es el decorado. La película se abre con la figura mítica de la pareja Don Quijote/Sancho Panza, dos hombres fatigados descansando. Y, de entrada, se nos restituye su epopeya por la voluntad de Don Quijote de llevar una corona de laureles. Gracias a una camera que va observando, que acecha incluso, con distancia a menudo frente a los personajes, el director nos hace penetrar en su intimidad como por efracción, y cada ademán, cada movimiento se convierte en una inmersión en las esferas del pensamiento de los dos protagonistas. Al utilizar la duración, mediante planos que van hasta el final de su acción, Albert Serra afirma una evidencia : los dos protagonistas no vivirán las aventuras inventadas por Cervantes. Han cruzado los caminos de la escritura, ahora están más allá. Al optar por esta manera de filmar sus andanzas sin artificio, componiendo solamente con la luz y una naturaleza zumbadora de insectos, el director cuenta su historia en cada plano. Y me llamó la atención la de un Quijote aéreo, cuya búsqueda de lo absoluto se ve apremiada por la realidad física de sus necesidades, un Quijote que siempre tiene la cabeza sobre los hombros, dándole órdenes prosaicos a un Sancho Panza al acecho del alma de su amo. Lo material como medio de olvido y de superación de la inasequible estrella. Pero Honor de Cavallería tiene el poder de borrar todas las interpretaciones que pudieran reducirlo. Película culta sin ser intelectual, es, por su propia depuración, de una extrema sensualidad. Película de iniciación al cine en proceso, hace falta vivirla olvidando el tiempo, sabiendo que el director irá hasta el fin de su deseo de cineasta y nos impregnará durante mucho tiempo de una salida de la luna encima de dos personajes dormidos. El sueño de la razón engendrando siempre molinos de viento…


Traducido al español por Marie Delporte


Daisy Lamothe

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Cinéaste


Publié le lundi 06 novembre 2017
Mis à jour le lundi 06 novembre 2017

Paroles de cinéastes

Honor de cavalleria

Un film de Albert Serra

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