A propos de IL MIO CORPO

Philippe
Fernandez

Cinéaste

Alice
Odiot

Cinéaste

Une camionnette se rend sur un pont en surplomb d'une décharge, l'image insiste sur la trajectoire, on suit les lacets et la fatalité de cette route qui mène au lieu de la survie économique : un terrain vague, pentu, écrasé de soleil. 

Un enfant, Oscar, y cherche ce qui fera vivre sa famille. La lumière est partout. L'image, fixe, imprime le labeur, la solitude et la fatigue. En haut, son père attend avec une corde. La caméra accompagne lentement dans un mouvement vertical la remontée des restes d'une société qui semble avoir disparu. Elle s'accroche aux gestes de l'enfant, à sa tristesse et sa beauté. Il est seul, parmi la lumière et les déchets du monde.


Le cinéaste a choisi le centre de la Sicile comme un miroir de l'Europe, pour nous raconter le destin de ceux qui mènent une vie décidée par d'autres. C'est ici que le voyage de Stanley, un réfugié africain, s'est arrêté, enfermé dans une terre désertée. Dans ce territoire autrefois riche, les mines ont fermé. Les lignes de chemins de fer sont désaffectées et les ouvriers sont partis. Stanley, tout comme Oscar, travaille dur, pour presque rien. Le montage est serré entre ces deux solitudes immobiles. Elles se répondent. La photographie réussit à rendre à ces deux êtres la force qu'il leur reste, malgré la brutalité et le soleil qui les écrasent. Le réalisateur parvient à saisir une beauté très particulière d'une réalité sicilienne cruelle, décadente. Ces deux personnages n'auraient jamais dû se rencontrer, se croiser, mais Stanley et Oscar sont les deux réalités d'un même abandon. Le cinéaste assume sa subjectivité en déportant son documentaire à la limite de la fiction, et brisant cette frontière livre un essai d'une grande puissance poétique. Il réussit à métaboliser les émotions de ces deux êtres que rien ne relie sauf ce qu'ils racontent de notre société. Celle d'une Europe qui installe ses réfugiés là où il ne reste plus rien. 


A small truck crosses a bridge which overlooks a garbage dump. The camera meticulously follows the winding and gloomy trajectory of the truck which leads it to a place where people seek economical survival: a dump located on a slope under a scorching sun. 

A young boy named Oscar goes there to try to find some stuff he could sell in order to give a little money to his family. The sunlight is blinding. The static camera records the boy's labour, his solitude and his fatigue. At the top of the slope, his father is waiting with a rope in his hands. Then, in a slow vertical movement, the camera follows what the father pulls back with the rope: used objects which are the leftovers of a society that seems to no longer exist. It records the boys' gestures, but also his sadness and his beauty. The boy stands alone, surrounded by sunlight and the waste of the world.


In order to tell us the story of those whose destiny has been decided by others, the filmmaker has chosen the centre of Sicily, which embodies Europe in its totality. Sicily is this deserted and closed place, where the trip of Stanley, an African refugee, ends. In this territory that once was rich, the mines have shut down, the railway lines are disused and the workers are gone. Just like Oscar, Stanley works hard and earns almost nothing. By alternatively following both characters, the movie shows that Stanley's loneliness mirrors Oscar's. In spite of the brutality of their living and working conditions, in spite of the blistering sun, the way they are filmed succeeds in showing on the screen the strength these two beings still have. The filmmaker manages to capture the very peculiar beauty of this cruel and decadent Sicilian reality. These two characters should never have met, but the common point between Stanley and Oscar is that they have both been abandoned. Michele Pennetta assumes his subjective point of view by deliberately blurring the boundary that exists between shooting a documentary and creating a work of fiction. By doing so, he gives a great poetic power to his movie and he succeeds in metabolizing the emotions of these two human beings who have nothing in common except what their lives tell us about our society. What they tell us is the story of Europe, a continent that chooses to settle its refugees where there is nothing left.

Philippe Fernandez

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Cinéaste


Alice Odiot

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Cinéaste


Publié le vendredi 19 juin 2020
Mis à jour le mercredi 04 novembre 2020

Paroles de cinéastes

Il Mio Corpo

Un film de Michele Pennetta

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