Journal d'Amérique, ce nouveau film d'Arnaud des Pallières s'inscrit dans sa veine expérimentale qu'il mène de front depuis ses débuts entre films de fiction avec acteurs célèbres et narration classique et films documentaires. Avec une démarche à l'américaine alternant films commerciaux et intimistes, il poursuit un travail entamé il y a 13 ans avec Diane Wellington à partir d'un fond privé de films amateurs.
Sans voix off, avec une démarche assumée de recherche narrative cette veine expérimentale n'est pas sans lui donner une liberté hors de tout formatage. Si le film s'ouvre avec un «je» autobiographique, il devient ensuite un «je» réceptacle fictionnel pour constituer des histoires d'Amérique, Histoire au centre du travail du cinéaste depuis Drancy Avenir.
Film fleuve, les textes qui s'écoulent entre des blocs d'images floues, fragiles, rayées ou nettes, matière filmique vivante nous renvoient à l'image argentique, à l'origine du cinéma. A la vision de celle-ci on peut décrocher, revenir, s'attacher à une lumière, au détour d'une phrase, par et grâce à cet état et ainsi recevoir d'autant plus violemment l'émotion finale du film. C'est une immersion sensitive qui nous est proposée, de plus en plus rare en salle et qu'il est indispensable de soutenir, de voir, de montrer.
Publié le lundi 06 novembre 2023