Juliette
Grimont
programmatrice
“Les premiers battements de basse seront les premiers battements de ton cœur. Et après, ça ira, je serai là t'inquiète”. Ce dialogue extrait du film, c'est aussi Maxime Jean-Baptiste qui nous parle.
Kouté vwa (Écoutez les voix) est une invitation, douce et puissante. Au rythme des tambours, le cinéaste nous entraîne à la rencontre de corps, de lieux et de fantômes.
À l'écran, Melrick et sa grand-mère. Leurs liens sont faits de dialogues, de respect, de tristesse aussi. En creux, les absents : l'oncle assassiné, qui est de tous les plans sans être présent, mais aussi la mère de Melrick, présente uniquement par écrans interposés, celui du téléphone, celui des médias qui lui ont donné la parole au moment du drame. Le film fait disparaître une génération, à l'exception du meilleur ami du défunt, Yannick, plongé dans un deuil profond et inquiet, que la mise en scène magnifie par des plans bleus et lents, comme s'il traversait une nuit sans fin. Ces absents laissent face à face deux autres générations : celle de l'enfant et celle de la grand-mère, qui ensemble se questionnent : que faire de la violence ? Du désir de vengeance ? Et encore plus profondément : qu'est-ce qui fait qu'une vie mérite d'être vécue, ici ? Les réponses qu'ils apportent sont bouleversantes de force, portées par les acteurs comme si c'était leur parole, ou en tout cas comme s'ils la partageaient intimement, donnant au film la puissance d'une parole collective.
Publié le mardi 17 juin 2025