Faire plus avec moins ne marche nulle part


Cinéastes de l'ACID

« Agir, travailler, répondre. Pas de petite digue qui ne mérite qu'on la garde. » 

Aragon



A l'occasion de chaque récente prise de parole, les pouvoirs publics n'ont eu de cesse de faire le même diagnostic et de rappeler les valeurs émancipatrices de la culture, l'importance de l'éducation artistique, la nécessité de développer la cinéphilie des plus jeunes, de se rapprocher des territoires et de permettre l'appropriation par tous de la plus grande diversité d'œuvres et manifestations culturelles.

Dans un marché de plus en plus tendu et concentré, un immense pourcentage de films n'existe auprès des publics que parce que des associations, des festivals, des salles, des programmateurs locaux, des acteurs de l'action culturelle s'en emparent, les font circuler, exister, travaillent les spectateurs, forment les regards ; parce que des artistes parcourent les territoires, dialoguent avec les publics, font événement.

Nous, cinéastes qui parcourons le monde pour y présenter nos films en festivals, nous savons bien que ce lien direct et inestimable entre la création et les publics, que ce maillage culturel du territoire à la française, est une spécificité qui nous est enviée dans le monde entier et qui a fait ses preuves.

Nous donnons de notre temps, toute l'année, pour accompagner ceux qui font, montrent ou voient des films, partout où une curiosité, un désir de différence se manifestent. Derrière ce désir, des femmes et des hommes passionnés eux aussi de transmission aux plus jeunes, de partage d'une émotion artistique, de davantage d'égalité culturelle. Jour après jour, nous semons pour l'avenir, nous repartons d'un lieu bouleversé par la réaction d'une spectatrice, par les remerciements de spectateurs « de ne pas les avoir pris pour des imbéciles », par la totale compréhension de tout jeunes gens d'un film catégorisé inaccessible… 

Ce sont ces expériences du quotidien et ce tissu de solidarités qui nous permettent à tous de continuer, malgré les difficultés croissantes, le manque général de moyens et une situation sociale de moins en moins favorable à la prise de risques y compris culturels.

Nous avons eu la naïveté d'oser croire qu'en ces périodes d'économies annoncées au Centre du Cinéma, les arbitrages politiques tenteraient d'éviter d 'abîmer davantage un secteur indépendant déjà fragilisé et mis à mal par des coupes budgétaires multiples et une concentration à son plus haut niveau.

Nous n'aurons pas la naïveté de demander aux pouvoirs publics de mettre leurs actes en adéquation avec leurs discours d'émancipation culturelle. Mais de prendre la mesure des dégâts irréparables que vont causer à court et long terme les mesures d'économies annoncées par le Centre du Cinéma. Les enjeux sont de taille ; tout terrain perdu aujourd'hui ne pourra être rattrapé.  

Et pour reprendre l'expression de nos partenaires de Radio France « Faire plus avec moins ne marche nulle part ».


Cinéastes de l'ACID


Publié le mercredi 04 décembre 2019
Mis à jour le mercredi 04 décembre 2019

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